Burkina Faso : après un an de transition politique, des élections sans gagnant d’avance

C’est fini. La campagne pour les élections présidentielle et législatives au Burkina Faso s’est achevée vendredi soir. Silence radio. Place au vote, dimanche, qui doit refermer un an d’une transition politique parfois chaotique. Une élection historique pour le pays après 27 ans d’ère Compaoré. Une élection qui a bien failli ne pas se tenir, quand les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont tenté de conduire un coup d’Etat, le 16 septembre.

Quatorze candidats se présentent à l’élection présidentielle. Mais deux se détachent nettement du lot : Roch Marc Christian Kaboré (Mouvement pour le progrès – MPP) et Zéphirin Diabré (Union pour le changement – UPC).

Le premier a achevé sa campagne par une véritable démonstration de force, dans le grand stade du 4 août, à Ouagadougou, vendredi. 40 000 personnes en orange, la couleur du MPP, ont entonné l’hymne du parti. A l’extérieur, beaucoup n’ont pas réussi à entrer, comme Béatrice, 19 ans, élève : « Il n’y a plus de place. On ne peut pas rentrer, je ne vais pas pouvoir assister au concert ». La star nigériane Davido et l’artiste burkinabè Floby devaient se produire. Est-elle venue voir les musiciens ou Roch ? « Les deux ! », assure-t-elle. A l’intérieur, devant l’affluence, des mouvements de foule pendant le concert ont fait quelques blessés.

Le meeting à Ouagadougou, mercredi, de Zéphirin Diabré était bien plus modeste. Le stade municipal a accueilli environ 15 000 personnes. Si Zéphirin Diabré a été ministre dans les années 90 de Blaise Compaoré, il ne s’est pas privé de rappeler que les chefs du MPP ont longtemps régné sur le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), le parti de l’ancien président burkinabè, chassé par la rue en octobre 2014. « J’ai cherché sur internet leur programme. Ca ressemble à celui de Compaoré en 2005. C’est même pipe, même tabac, même chose », a-t-il lancé. Roch Marc Christian Kaboré a été Premier ministre, président du CDP et président de l’Assemblée sous Blaise Compaoré. Son bras droit, Salif Diallo, a longtemps été l’éminence grise du « beau Blaise ».

La bataille des stades aura-t-elle un impact sur les urnes ? Roch Marc Christian Kaboré comme Zéphirin Diabré promettent de faire « un coup KO », en obtenant la majorité absolue dès le premier tour dans les urnes. Pour le moment, les sondages, à prendre avec beaucoup de prudence, donnent « Roch » devant « Zeph ».

Se lancer dans des pronostics reste délicat. Jamais, peut-être, une élection n’a été si ouverte au Burkina Faso : pas de président sortant pour défendre son fauteuil, pas de parti-Etat pour influer sur les résultats, et des médias libres de donner la parole à tous. Malgré cette nouvelle liberté, la campagne a été plutôt terne.

Autre inconnue : le CDP arrivera-t-il à mobiliser pour les législatives ? L’ancien parti au pouvoir sort exsangue de cette année de transition. Suspendu après l’insurrection d’octobre 2014, les ténors ont été interdits de se présenter à la présidentielle et aux législatives, leurs fonds gelés, et certains sont poursuivis ou en fuite pour leur complicité présumée dans le putsch du général Diendéré. Le parti semble aujourd’hui divisé et manque de leadership.

Mais si le CDP est presque invisible à Ouagadougou, ses affiches sont omniprésentes en brousse. Il garde une forte implantation dans les campagnes, plus conservatrices. Un atout dans un pays où seul 29,5% de la population vit en ville. Désiré Beyi, candidat CDP aux législatives à Ziniaré, le fief de Blaise Compaoré, estime que son parti est toujours « le plus grand parti dans (sa) province. D’ailleurs, ceux qui disent que le CDP est fini ne connaissent pas la réalité du terrain ». Pour le moment, le parti n’a pas donné de consigne de vote à l’élection présidentielle. Mais, si le CDP obtenait un bon score aux législatives, il pourrait peser sur un éventuel second tour de la présidentielle.

A moins que les revanchards de l’ancien régime n’optent pour une autre stratégie. « Les hommes politiques qui sont derrière le putsch ont intérêt à ce que les élections ne se passent pas bien », estimait le commandant Evrard Somda, en charge de la sécurité des scrutins, lors d’une présentation du dispositif de sécurité. Tentatives de perturber l’acheminement du matériel, de créer des tensions dans les bureaux de vote, de s’attaquer aux urnes, d’utiliser les médias pour faire de la propagande, ou encore refus d’admettre les résultats : les forces de sécurité ont tenté d’anticiper les menaces qui pourraient peser sur les élections. 25 000 hommes seront déployés sur le territoire et les frontières terrestres seront fermées jusqu’au mardi matin à 6h.

Les résultats provisoires doivent être proclamés par la commission électorale au lendemain du scrutin.

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