Burkina Faso : Début de polémique à l’annonce de l’arrivée de gendarmes français

Une petite déclaration d’apparence anodine à Abidjan a fait grincer des dents à Ouagadougou. Lors de son déplacement en Côte d’Ivoire après l’attaque de Grand-Bassam, le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, a annoncé que « dans le cadre des opérations Barkhane, et suite aux contacts que j’ai pris avec le directeur général de la gendarmerie nationale, nous avons décidé de positionner à Ouagadougou des éléments du GIGN », le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale française. Il est question d’une dizaine d’hommes pour « immédiatement dispenser des conseils, (…) engager un contact qui permette de faciliter la coordination des actions et aller au-delà si cela devait être nécessaire ».

Seulement, quelques heures plus tôt, le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), une importante organisation de la société civile burkinabé, publiait un communiqué allant en sens inverse. Dans ce dernier, elle relève qu’après les attaques « de Bamako en novembre 2015 et de Ouagadougou en janvier 2016, le constat est que les troupes étrangères et leurs unités de renseignement présentes sur nos sols (et qui semblent être les cibles indirectes des terroristes) n’ont pu empêcher ces tueurs d’endeuiller nos nations et de semer la désolation et la psychose au sein de nos paisibles populations, hypothéquant du même coup l’essor économique de nos pays déjà en peine ».

Du coup, le MBDHP « en appelle (…) à nos gouvernants, afin qu’ils se débarrassent de toute illusion de protection de nos territoires par des forces étrangères et qu’ils prennent, enfin, leurs responsabilités ». Il demande carrément « le retrait de ces forces étrangères de nos territoires » et d’assurer « la formation de nos propres forces de défense et de sécurité et en les dotant de moyens nécessaires pour assurer notre protection ».

Une réaction qui n’est pas vraiment une surprise. Lors d’un entretien, il y a plusieurs semaines déjà, le président du MBDHP, Chrysogone Zougmoré s’interrogeait sur la présence de troupes françaises au Burkina Faso, plus de 50 ans après son indépendance. « Il faut nous permettre d’être suffisamment souverains », expliquait le défenseur des droits de l’homme. Lors des attentats de Ouagadougou, en janvier, plusieurs responsables militaires ont confié à la presse que leurs troupes n’étaient pas bien équipées pour l’intervention. Ils ne disposaient pas, notamment, de lunettes de vision nocturne. Pour le président du MBDHP, cette présence militaire « arrange la France. Or, on a l’impression qu’être sous la coupe de la France, renforce les velléités d’attaque ». Pour lui, « ça incite les terroristes à nous taper. Il faut le dire ».

Aujourd’hui, Chrysogone Zougmoré reste sur la même ligne : « la présence de troupes françaises sur notre sol créé beaucoup plus de problème qu’elle n’en résout. Ce qui serait souhaitable, c’est qu’elles se retirent et qu’on assure la formation de nos troupes ». D’ailleurs, selon lui un sentiment hostile croit au sein de la population : « les gens sont en colère contre cette présence française ». Tandis qu’un « sentiment de frustration monte au sein de nos forces qui se sentent négligées et méprisées ». Sur la forme, enfin, il s’interroge sur les conditions de cette annonce depuis Abidjan, sans que Ouagadougou n’ait été informé semble-t-il. Selon « Le Monde Afrique », au palais présidentiel, à Kosyam, on a appris la nouvelle par la presse.

Pour le moment, pas de réaction officielle des autorités burkinabè. Mais, selon l’ambassade du Burkina Faso en France, relayé notamment par le site Fasonet, le ministre des Affaires étrangères burkinabè a temporisé après une rencontre avec son homologue français, Jean-Marc Ayrault, à Paris. « Nous avons envisagé de mutualiser les moyens, et il est question de renforcer le dispositif de sécurité de la France dans la sous-région », a expliqué le ministre burkinabè. Avant de préciser sur la question du déploiement de gendarmes que « les discussions sont en cours entre les ministres chargés de la sécurité, pour voir les modalités d’une telle opération, si le gouvernement burkinabè marquait son accord pour un tel déploiement ». Bref, rien ne serait encore décidé.

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