Laurent Bigot : « derrière l’image d’un Macron jeune, le sempiternel docteur français qui donne son diagnostic sur l’état du patient « Afrique » »

Le président français, Emmanuel Macron, a effectué une tournée en Afrique du 27 au 30 novembre dernier. A Ouagadougou, première étape de sa visite, Emmanuel Macron a prononcé, devant des centaines d’étudiants, un discours dans lequel il livre son diagnostic sur l’Afrique et met les peuples et les dirigeants africains devant leur responsabilité. Laurent Bigot, ancien diplomate français, connu pour son franc-parler et qui dirige aujourd’hui un cabinet de conseil, répond aux questions de Sahelien.com.

Comment avez-vous trouvé le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou ?

Le Président Macron a fait comme ses deux prédécesseurs, bien qu’il s’en défende. Il a fait une tournée africaine en début de mandat, prononcé un discours présenté par l’Elysée comme étant fondateur de sa politique africaine et délivre un diagnostic de l’Afrique bien qu’il prétende le contraire. Finalement, derrière l’image d’un président jeune se cache le sempiternel docteur français qui donne son diagnostic sur l’état du patient « Afrique ».

« Il n’y a plus de politique africaine de la France », a dit Macron dans discours. Pour vous, peut-on s’attendre à une rupture avec la politique de Hollande sur le contient, qui avait pourtant dit la même chose à Dakar ? La « Françafrique », c’est fini, avec Macron ?

Le Président Macron n’a rien dit sur la « Françafrique » ! C’est extrapoler que de dire qu’il a mis un terme à la « Françafrique » ! Il a dit qu’il n’y avait plus de politique africaine de la France et cela m’inquiète. Cela signifie-t-il qu’il n’y a plus de politique tenant compte des enjeux et spécificités des pays africains en vue de défendre et promouvoir les intérêts français en Afrique ? Si c’est bien cela que le Président a voulu dire, alors pourquoi avoir tant d’ambassades en Afrique et tant de soldats au Sahel ?

« Le « professeur » Macron a délivré une leçon à Ouagadougou sans que personne n’y trouve à redire. Je me demande ce que les Français penseraient si un président africain venait faire un discours sur l’Europe à Paris. »

Ne pensez-vous pas que Macron s’est trop avancé dans une sorte de dialectique de l’europhorie sur l’avenir de la jeunesse africaine, de l’Afrique coincée dans les défis de démocratie, de corruption, de terrorisme islamiste ?  

Le « professeur » Macron a délivré une leçon à Ouagadougou sans que personne n’y trouve à redire. Je me demande ce que les Français penseraient si un président africain venait faire un discours sur l’Europe à Paris. Seul le Président ghanéen, Nana Akufo-Addo, a rappelé au Président Macron que l’Afrique n’avait que faire de ce que pouvait penser l’Europe ou la France, et qu’il revenait à l’Afrique de penser pour elle-même et par rapport à elle-même. Bizarrement, aucun média n’a relevé cette séquence qui est disponible sur Youtube. C’est pourtant le moment clef de cette tournée.

Il a aussi rendu un hommage aux forces de Barkhane déployées dans le Sahel pour lutter contre le terrorisme. Faut-il voir dans le discours de Macron une volonté de faire comprendre aux pays du Sahel que la France ne peut plus supporter le fardeau de cette lutte, et que le G5 Sahel doit prendre le relais ?

Il est légitime que le Président Macron rappelle que chaque jour des soldats français risquent leur vie pour la sécurité dans le Sahel. Ce n’est pas rien et il est bon de le rappeler à ceux qui dénoncent la présence militaire française. Il n’y aurait pas de soldats français si les armées nationales remplissaient leurs missions. C’est plutôt vers les dirigeants africains qu’il faut donc se tourner pour leur demander des comptes. Il est temps en effet que les armées africaines prennent le relais. Comme il est temps que les peuples africains prennent le relais pour décider de leur avenir et construire un futur meilleur pour la jeunesse africaine.

« Toute tentative de vouloir faire porter le chapeau à des coupables extérieurs à l’Afrique n’est qu’une perte de temps et un refus d’assumer ses propres responsabilités. » 

Pensez-vous que cette force du G5 Sahel sera en mesure de venir à bout du terrorisme dans cette région ?

Non, car le terrorisme n’est qu’un symptôme de la grave crise de gouvernance qui touche cette région. Il est temps de s’attaquer aux racines du mal qu’est la mauvaise gouvernance. Le seul acteur qui puisse le faire, c’est le peuple ! Il n’est point besoin de soutien occidental, quand le peuple se met en marche, rien de l’arrête. Cette révolution politique et culturelle ne dépend donc que des peuples africains. C’est leur responsabilité et celle de personne d’autre. Toute tentative de vouloir faire porter le chapeau à des coupables extérieurs à l’Afrique n’est qu’une perte de temps et un refus d’assumer ses propres responsabilités.

Propos recueillis par Sidi Ahmed S. 

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