Le Mali rappelle son ambassadeur à Tripoli pour consultation

A Agadez au nord du Niger, des migrants en instance de départ vers la Libye ©Sahelien.com

Après le documentaire choc de CNN sur l’existence de marchés aux esclaves où des migrants africains sont vendus aux enchères, qui a lâché les vannes de la colère et de l’indignation sur le continent et ailleurs, le Mali a décidé de rappeler son ambassadeur à Tripoli pour consultation et a convoqué le chargé d’Affaires de l’Ambassade de Libye.

Qualifiant d’« inhumains » dans un communiqué les traitements infligés aux migrants africains en Libye, le gouvernement malien a indiqué avoir convoqué, hier 19 novembre, son ambassadeur à Tripoli pour consultation.

« Ainsi, le Chargé d’affaires de l’Ambassade de Libye à Bamako a été convoqué au Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale en guise de protestation et pour exiger l’arrêt de cette barbarie. », poursuit le communiqué.

Tout est parti, la semaine dernière, d’un documentaire choc de la chaîne américaine CNN montrant des migrants africains vendus aux enchères en Libye. A propos des migrants vendus, CNN a expliqué qu’ils « étaient tellement traumatisés par ce qu’ils avaient traversé qu’ils ne pouvaient pas parler, et ils avaient tellement peur qu’ils se méfiaient de tous ceux qu’ils rencontraient ». C’est ce qui a été le combustible des réactions d’indignation, notamment sur les réseaux, pour condamner ce que beaucoup d’internautes ont qualifié de « barbarie ».

Pourtant, en avril dernier, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait, dans son rapport, mis en avant des témoignages faisant état de l’existence de « marchés aux esclaves » dans le sud libyen. Le rapport de l’OIM parlait de migrants subsahariens « vendus et achetés par des Libyens, avec l’aide de Ghanéens et de Nigériens qui travaillaient pour eux » Pour la plupart, il s’agit d’hommes, femmes et enfants interceptés lors de la traversée de la Méditerranée. Selon l’ONU, environ 200 000 migrants seraient détenus dans les centres de détentions gouvernementaux en novembre, alors qu’ils étaient 7 000 il y a deux mois.

Le 18 décembre, à Paris, un millier de personnes ont manifesté pour dénoncer cette situation. Au Mali, le même jour, dans un premier communiqué, le gouvernement a condamné « ces pratiques inhumaines qui rappellent une page sombre et douloureuse de l’histoire de l’Afrique. » et a appelé « au respect de l’intégrité et de la dignité des êtres humains, notamment des migrants en application des déclarations et conventions internationales en la matière. »

« Enquête ouverte »

En Libye, le gouvernement d’union nationale, dirigé par Fayez al-Sarraj, a annoncé hier, dimanche 19 novembre, l’ouverture d’une enquête et a promis que « si ces allégations sont confirmées, toutes les personnes impliquées dans ces crimes seront punies ». Alors que sur les réseaux sociaux, dans les pays dont les migrants sont issus, la tendance est à la dénonciation des régimes en place : des pays qui sont « socialement, politiquement et économique en panne ».

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En 2011, une intervention militaire multinationale en Libye a conduit à la chute puis la mort de Kadhafi. Six ans après, ce pays peine à remonter la pente du désordre créé par la chute de Kadhafi. Une chute intervenue après huit mois de guerre civile qui a provoqué des divisions et renforcé la culture de l’affrontement. Pire, la Libye est devenue une menace pour la sécurité dans la sous-région.

Sidi Ahmed S.

 

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