[Littérature] – …et il est comment le dernier Aïcha Diarra ?

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Dans son nouveau recueil de nouvelles Les marabouts se sont trompés, qui comporte trois nouvelles La coépouse de maman, Les marabouts se sont trompés et enfin La prédiction, la jeune poétesse, Aïcha Diarra, s’essaye avec zèle à la prose pour la première fois. Elle réussit.

Avec Les marabouts se sont trompés, Aicha Diarra, une très jeune auteure malienne (certainement la plus jeune) réussit l’exploit d’écrire joliment un texte qui nous fait sans doute plonger dans notre vie quotidienne. Dans ses trois nouvelles, elle aborde à sa manière, dans un style très léger, fluide et un ton personnel propre à un journal intime et qui fascine le lecteur, la question de la polygamie, la pauvreté, la mauvaise gouvernance, la déchéance et la perte de responsabilité des parents dans l’éducation des enfants. Elle nous fait voir, à travers ce livre, le côté obscur de la polygamie dont l’une des conséquences est que les enfants sont embarqués dans les querelles, la jalousie, la rivalité féroce entre leurs mères.  Résultat : préoccupés par leur situation et celle de leur mère, délaissée et répudiée, ils sombrent dans les addictions (alcool, drogue…).

Il y aussi question de ces jeunes qui veulent prendre leur destin en main. Mais l’un des intérêts de ce livre réside dans un sujet très particulier qu’aborde Aïcha Diarra : celui des marabouts qui, en Afrique noire, sont des personnages importants dans la société à qui la conscience collective prête des pouvoirs pour régler tout type de problème. Dans la nouvelle Les marabouts se sont trompés, Djinètigui apparaît comme celui qui est capable de réaliser des miracles, y compris celui de changer le destin d’un individu :

« Djinètigui avait la réputation de faire des miracles. Certains prétendent que les plus pauvres sont devenus, grâce à ses pouvoirs, des hommes riches et puissants ; d’autres jurent de ses capacités mystiques qui lui permettaient de montrer à certains de ses clients l’état normal  d’un djinn. Certains à force d’avoir peur seraient devenus fous, d’autres pour avoir maitrisé leur peur en sont sortis riches. Des hommes politiques lui doivent leur ascension. Il parait même qu’une chanteuse très reconnue lui doit sa belle voix et sa popularité. Des rumeurs circulaient à propos de cet hommes qui étaient devenus un mythe de son vivant ».

Il va sans dire que ce sont les raisons qui poussent ces personnages à recourir aux services de ces marabouts qui, le plus souvent, s’avèrent être des charlatans qui abusent de la crédulité de ceux et celles qui viennent les consulter : « Sachez que Bamako est plein de petits voyous qui prétendent être des voyants, mais ils ne font que tromper le public pour se faire de l’argent… »

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