Mali : 1731 détenus à la maison centrale d’arrêt de Bamako

Une délégation des cadres du ministère de la Justice, dont les responsables du Parquet, a rendu visite aux détenus de la Maison centrale d’arrêt de Bamako, le lundi 15 février.

Ils ont été confrontés aux conditions de détention difficiles des 1731 pensionnaires, dont une soixantaine de présumés terroristes.
« Il y a des dossiers à améliorer pour les conditions de la détention »souligne, Le Procureur Général près la cour d’appel de Bamako, Général Mamadou Lamine Coulibaly.

Visite des coins et recoins de la prison

La délégation a inspecté les différentes sections de la prison, après avoir traversé les jardins d’oignons et d’autres légumes que cultivent certains détenus. Ces jardins couvrent, selon le régisseur Souda Dao, un quart d’hectare.

« Le jardinage permet aux détenus de s’occuper et d’apprendre comment cultiver et développer ces produits maraîchers, qui génèrent aussi de modestes revenus, » précise le régisseur.

La visite s’est poursuivie à l’atelier de couture où les détenus cousent des tenues scolaires et d’autres vêtements pour eux-mêmes ou pour d’autres personnes. Les revenus tirés de ce travail sont divisés en trois. « Une partie pour soutenir l’alimentation des détenus. Une autre servant à satisfaire certains de leurs petits besoins. Et la dernière partie pour les aider à leur sortie de la prison, » explique M. Douda Dao à ses hôtes.

Le Procureur Général Mamadou Lamine Coulibaly précise qu’il est important pour les détenus de mettre à profit le temps de la détention pour apprendre à faire quelque chose. « C’est la réinsertion. C’est le comportement déviant du délinquant qui a poussé la société à le priver de sa liberté. Mais après cette privation de liberté, la vie doit continuer. C’est pourquoi la réinsertion prévoit le mécanisme par lequel le détenu doit apprendre ou exercer un métier. »

La visite s’est poursuivie au niveau de l’église et de la mosquée de la Maison d’arrêt.
Les détenus disposent également d’une bibliothèque qui contient plusieurs livres, romans et manuels pour permettre à certains, selon le procureur général, de faire des recherches.

Au niveau de l’infirmerie, le médecin-chef adjoint Kalfala Maïga se plaint des conditions de travail et des services que son département offre aux détenus : « Nous manquons de médicaments, de matériel, de pansements. Nous sommes inefficaces par manque de moyens et non pas par manque de compétences, » explique-t-il. « Pour certains détenus souffrants et ayant des moyens, nous donnons l’autorisation d’aller se faire soigner dehors»

A la salle d’hospitalisation ou de repos, la plupart des lits, sur une vingtaine, sont occupés. Pour le procureur général, c’est une indication de la qualité des services. « On prend bien soin des détenus, même s’il y a des efforts à faire », commente-t-il

Après les visites, la phase des échanges : l’engorgement de la prison

Le régisseur de la prison, Souda Dao a expliqué que la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako a été construite au départ pour 400 à 600 détenus. Aujourd’hui, l’établissement héberge 1731 pensionnaires. Parmi ceux-ci, seulement 720 sont condamnés et 1011 attendent d’une décision de justice. « Cette tendance nous inquiète. Ce n’est pas facile que des détenus soient dans l’impatience en attendant des mois pour connaître leur sort et maintenus dans les lieux de détention. Cela est lié principalement à la lenteur des procédures judiciaires », indique-t-il.

Il a aussi mis l’accent sur le besoin de réhabiliter et de rénover la MCA. Des représentants des détenus appelés « chefs de chambres » ont pris la parole pour exprimer leurs doléances et préoccupations.

Pour la plupart, les délais de la détention expirent mais l’autorité judiciaire traîne à renouveler les mandats ou à les mettre en liberté provisoire. Tels est le cas de deux policiers arrêtés en 2013, qui cumulent aujourd’hui 2 ans et 10 mois en détention. Idem pour un détenu présumé terroriste arrêté à Gao en 2014 et dont certains codétenus ont été élargis. Et il s’en plaint : «On ne me dit rien et personne ne s’intéresse à mon sort. »

Le procureur général assure que les prochaines séances de la Cour d’Assises permettront d’examiner la situation de plusieurs détenus.

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