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Mali : ce que l’on sait du nouveau gouvernement

Le gouvernement du nouveau Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga compte 35 ministres contre 31 pour celui de Modibo Keïta. Sans surprise, l’opposition n’est pas entrée dans le gouvernement, ni les groupes armés non plus.

11 ministres entrants

Parmi les arrivées, une surprise : le retour de Tiéman Hubert Coulibaly, leader du parti UDD, dans le gouvernement au portefeuille de l’Administration territoriale. En septembre 2016, il fut remplacé au ministère de la Défense et des anciens Combattants, par l’actuel occupant de la primature, Abdoulaye I. Maïga, alors que les attaques meurtrières contre l’armée gagnaient en ampleur aussi bien au nord qu’au centre du pays.

Tiéna Coulibaly a 65 ans et arrive à la tête du ministère de la Défense et des anciens Combattants. Cet agroéconomiste a occupé le poste de ministre de l’Économie, des Finances et du Budget sous la transition dans les gouvernements de Cheikh Modibo Diarra et de Diango Cissoko. On sait aussi de lui que pour avoir occupé le portefeuille de l’Economie et du Commerce sous le régime monolithique de Moussa Traoré, il a été acquitté lors du fameux procès des « crimes de sang » en 1993, sous Alpha Oumar Konaré.

Me Baber Gano qui arrive au ministère des Transports est réputé discret. Depuis octobre dernier, il occupe le poste de Secrétaire général du Rassemblement pour le Mali (RPM, parti au pouvoir), en remplacement de Bocary Treta, devenu président du parti.

Me Kassoum Tapo a 61 ans et devient ministre des Droits de l’homme et de la Réforme de l’Etat. Ancien député élu à Mopti, où il est né, cet avocat formé à l’université de Nanterre (France) était jusque-là Conseiller spécial à la présidence de la République depuis novembre 2015.

Mme Ly Taher Drave est inconnue du grand public. Elle remplace Kassim Denon au ministère de l’Elevage et de la Pêche.

Alhassane Ag Hahmed Moussa (ministre de la Décentralisation et de la Fiscalité locale), Adama Tiemoko Diarra (ministre de l’Aménagement du Territoire et de la Population), Pr Samba Sow (ministre de la Santé), Arouna Modibo Toure (Economie numérique et Communication)  et Mme Traore Oumou Toure ( Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille).

Maouloud Ben Kattra, le syndicaliste

Secrétaire général du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec), il remplace Mahamane Baby au ministère l’Emploi et de la Formation professionnelle. Nombreux sont ceux qui décèlent dans sa nomination une stratégie destinée à diviser les syndicats enseignants. Or, « lui seul ne peut pas résoudre les problèmes », estime un observateur averti.

 

Me Mamadou Ismaël Konaté, Dr Boubou Cissé, Pr Assétou Founé Samaké Migan, Pr Tiémoko Sangaré, Konimba Sidibé, Dr Abdramane Sylla, Abdoulaye Diop, Mohamed El Moctar, Me Mohamed Ali Bathily, Dr Nango Dembélé, Hamadoun Konaté, Général de Brigade Salif Traoré, Mme Diarra Raki Talla, Housseini Amion Guindo, Thierno Amadou Omar Hass DIALLO, Amadou Koïta, Mme Keîta Aïda MBo, Malick Alhousseini, Abdel Karim Konaté, Mohamed Ali Ag Ibrahim, Nina Walet Intalou, Mme Ndiaye Ramatou Diallo, Mme Traoré Seynabou Diop sont maintenus à leur poste. Tandis que Mohamed Ag Erlaf, quitte le ministère de l’Administration territoriale pour atterrir à celui de l’Education de base à la place de Kenekouo Barthelemy Togo.

Constat

Un gouvernement pléthorique qui ne donne aucune assurance quant à sa capacité à relever les défis actuels qui se posent. On a beaucoup de mal à comprendre le fait de relever le nombre de postes ministériels à 35 à un moment où le front social est en ébullition pour demander de meilleures conditions de vie et de travail.

Quel message envoie donc le gouvernement ? « Dans un pays où les grèves illimitées foisonnent; où, parait-il, les caisses de l’Etat se portent mal, on comprend difficilement comment peut-on expliquer d’un côté qu’il n’est guère possible de satisfaire aux revendications sociales et de l’autre côté élargir le nombre d’invités au banquet de la République. », commente cet avocat.

L’arrivée de Tiéman Hubert Coulibaly au ministère de l’administration territoriale, aux yeux de nombre d’observateurs, est tout sauf anodin quand on sait que la présidentielle arrive en 2018 et que, sauf grosse surprise, le président Keïta sera candidat à sa propre succession. « C’est pour tricher », glisse un observateur de la vie politique au Mali qui garantit l’échec du nouvel attelage, jugé pléthorique, en quelques mois. Il confie aussi son incapacité à comprendre qu’on puisse, dans un pays en crise avec des revendications catégorielles, passer d’un gouvernement de 31 ministres à 35.

On constate aussi un sérieux problème de stabilité au sommet de l’État avec le changement, à chaque remaniement, de ministres à certains portefeuilles sensibles comme celui de la défense. D’autre part, la création forcée de certains ministères montre l’évidence d’un vrai partage de gâteau. On s’attendait surtout à une première application de la loi sur le Genre qui aurait permis de confier 30% des postes nominatifs aux femmes. S’agit-il d’un autre texte législatif pour orner les tiroirs ?

Boubacar Sangaré Aboubacar Dicko

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