Mali – Kayes : Koniakary se construit avec l’aide des migrants

Koniakary est une commune d’environ quinze mille habitants, située à 65 km à l’est de la ville Kayes, première région du Mali. La migration, dans cette localité où cohabitent Peulh, Bambara et Kassonké, est une pratique ancienne.

Selon le maire, Bassirou Bane, « la migration à Koniakary i a commencé il y a très longtemps. Mais elle s’arrêtait seulement au niveau de la sous-région comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée. Maintenant, nous avons des migrants un peu partout dans le monde : en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, en Afrique australe et centrale ».

La commune urbaine de Koniakary, en dehors de son passé chargé d’histoire notamment avec la construction en 1855 d’un tata, mur défensif par El Hadj Oumar Tall, est classé patrimoine culturel national, depuis novembre 2011. Cette petite ville présente aujourd’hui un visage moderne grâce notamment aux migrants, qui, avant la décentralisation contribue de façon significative au développement de leur localité.

« Ce sont les migrants qui sont les soutiens des familles, ils assurent la nourriture, les frais d’éducation, la santé etc. En plus, le développement de Koniakary reposait essentiellement sur les migrants avant la décentralisation. Ce sont eux qui assuraient la construction des écoles, des centres de santé, de l’eau potable », relate le maire Bane.

C’est en 1972 que Koniakary verra la construction de sa toute première maternité entièrement financée par les migrants. Il y a eu par la suite, un dispensaire et une grande mosquée construite en 1980. Toutes ces réalisations se faisaient de façon disparate. Il fallait attendre près d’une décennie pour voir la création d’une association de migrants dénommée « Enndam Jombuku » qui regroupe tous les migrants de Koniakary et villages voisins. L’objectif est de réunir les moyens notamment financiers pour cibler des secteurs précis et investir dans le développement de la localité.

« Depuis 1989, on a un bureau de coordination des migrants basé à Bamako. Une section de l’association existe partout où il y a des migrants de Koniakary. Ils se communiquent, ils ont leurs programmes et font des réalisations », souligne le maire.

Et de poursuivre : « après la mosquée, il y a eu la construction des salles de classe en 1993 ainsi qu’un centre secondaire d’état civil. Aussi, un grand centre de santé communautaire (CSCOM) d’un coût global de 120 millions de francs CFA qui est devenu aujourd’hui un CSCOM universitaire

Après la décentralisation et la création des communes, l’association ‘’Enndam Jombuku’’ a trouvé une autre manière d’intervenir, mais cette fois-ci d’un commun accord avec les élus, en finançant tous les projets de développement à hauteur de 10 pour cent. « C’est ainsi que nous avons eu à réaliser pas mal de projets, notamment la construction de 40 boutiques au niveau du marché de Koniakary, la construction d’une radio communautaire, des salles de classe, le centre de l’éducation pour le développement, etc. »

Par ailleurs d’autres associations de migrants comme « Donner un sourire à Fégui », ne cessent d’apporter leur contribution au développement de la région de Kayes. Les différentes actions ont motivé le Conseil régional de Kayes et l’Agence de développement régional en partenariat avec la Région Île de France, à initier une rencontre qui avait pour but de recenser toutes les associations de migrants ressortissants de la région de Kayes en France.

« La grande réunion s’est tenue à la cité universitaire où on a essayé de créer une grande coordination appelée la CADERKAF (Coordination des associations pour le développement de la région de Kayes en France). C’était très bénéfique pour la région de Kayes. Le Conseil régional a pu signer un partenariat tripartite. Et juste après la mise en place de cette association, ils se sont lancés dans les projets de développement », explique Ségah Sow, directeur général de l’Agence de développement régional.

La plus grande réalisation de la CADERKAF est l’électrification des centres de santé communautaires (CSCOM). A travers un appel à projet du ministère français des Affaires étrangères, 30 centres ont été électrifiés dans la région de Kayes.

Pour Mme Maguiraga, spécialiste des questions migratoires, la migration est une question de génération et chaque génération à un objectif spécifique. « La nouvelle génération avait d’autres objectifs qui étaient différents de ceux de leur parents. Les parents étaient plus solidaires. L’individualisme a commencé avec la nouvelle génération. Les acteurs qui interviennent dans ce secteur ont essayé de voir comment les inciter aussi à investir dans le pays pour créer des activités économiques pour que cette richesse soit bénéfique à tout le monde », a-t-elle déclaré.

Aujourd’hui, au niveau du Conseil régional, on réfléchit à la façon de réorienter les investissements des migrants vers des projets productifs dans le cadre du développement économique et régional.

Sory Kondo
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