Mali – Kidal : graves violations de droits de l’homme sur fonds de tensions communautaires

Ville de Kidal - Sahelien.com

Depuis début juin, les actes d’assassinat et d’exaction de civils se multiplient dans la région de Kidal. Alors que la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le groupe d’autodéfense Gatia s’accusent mutuellement, des sources locales évoquent plus d’une dizaine de morts depuis le 5 juin.

Kidnapping, braquages, enlèvements, assassinat ou encore incendie. Les terminologies qu’emploient les sources locales diffèrent, mais toutes conviennent d’une chose : « il y a de graves atteintes à la dignité humaine » dans la région de Kidal.

Derniers actes d’assassinat en date, l’attaque lundi 12 juin contre un campement à une soixantaine de kilomètres d’Aguel hoc. Cinq personnes tuées selon la Plateforme, groupe signataire  de l’accord de paix qui accuse la CMA d’être derrière « cette barbarie d’un autre âge. » Deux jours avant, la Coordination des mouvements de l’Azawad, à son tour, pointait du doigt le Gatia, membre de la Plateforme, dans la mort d’une dizaine de civils dans les régions de Gao et de Kidal. Insistant que ces actes résultent « d’une soif de tuer ».

Les coups de gueule se multiplient entre les deux mouvements, les violences contre les civils aussi. Le 5 juin, un jeune homme a été marqué au fer rouge, selon des habitants. Un jour plus tard, quatre personnes ont été enlevées et dépossédées de leurs véhicules à Tinalaghay, près de 50km à l’ouest de Kidal. S’y ajoutent de nombreux actes d’assassinat perpétrés dans des zones périphériques malgré le « renforcement » des patrouilles de la mission onusienne avec environ 300 casques bleus. « En réalité, ça a commencé il y a presque un mois maintenant. Des personnes sont enlevées, disparaissent pendant des jours avant que leurs corps ne soient découverts », explique un habitant joint par Sahelien.com.

Au sein des mouvements armés, des responsables contactés refusent de se prononcer sur les raisons de telles violences. Pourtant, de sources concordantes, il s’agit bien de violences entre groupes armés, mais sur fond communautariste. « Vous avez d’un côté les Idnanes qui se retrouvent au sein du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA, membre de la CMA) et les Imghad qui composent majoritairement le Gatia (membre de la Plateforme) », affirme un élu de la région. Il précise : « ce sont les combattants de ces mouvements qui s’attaquent donc aux civils issus des deux ethnies.»

Dans des communiqués, les différentes fractions appellent à la retenue et à privilégier le dialogue. Mais il revient aux mouvements armés de prendre leurs responsabilités pour assurer le respect des droits humains.

Aboubacar Dicko
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