Mali : le péril des engins explosifs improvisés

Une rue de Kouakourou _©Sahelien.com

Le centre du Mali est devenu depuis le début de l’année, une zone où la circulation des personnes et leurs biens reste pénible. En plus des attaques armées, même le simple fait de circuler sur le sol peut être suicidaire à cause notamment des mines ou engins explosifs improvisés (EEI).

Chaque jour, les défis se multiplient dans la région centrale du Mali. Menace, terroriste, violences intercommunautaires, jusqu’à la dégradation des ressources naturelles. Mais l’une des plus grosses préoccupations de l’heure reste bien l’utilisation des engins explosifs, devenu quotidien. Enfouis dans le sol, ils sont a priori destinés à piéger les contingents militaires. Mais c’est bien les populations civiles locales qui paient le lourd tribut.

« Ceux qui connaissent bien la région de Mopti savent que les moyens de transport par excellence restent les grosses pirogues à moteur, les camions et les charrettes d’âne ou de cheval en plus de quelques bateaux », affirme Baba Tapo, inquiet. Cet habitant de Kouakourou, village dans la région de Mopti devenu le symbole de la résistance antiterroriste, déplore que les populations se retrouvent de plus en plus dans un piège hermétique. En cette période de décrue, le fleuve Niger n’est plus assez navigable. Les forains et autres voyageurs sont obligés de se déplacer par voie terrestre. « Nous sommes obligés de nous déplacer en charrette ou en camion. Aujourd’hui, nous ne parvenons plus à nous déplacer par peur de se faire exploser par une mine… ».

Un risque réel

Le 25 janvier dernier 26 civils maliens et burkinabè, dont six femmes et quatre enfants, ont péri dans l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule en voulant se rendre à la foire hebdomadaire de Boni au centre du pays. Un mois plus tard, le 25 février à environ 45 kilomètres au nord de Djenné, une charrette a heurté un IED, faisant au moins un mort. Et le 15 mars encore, deux autres civils trouvent la mort après que leur charrette a heurté un engin explosif à 3 kilomètres au nord de Togrékoumbé. Il y a deux jours, deux civils ont été tués et un autre blessé suite à l’explosion d’une mine au passage d’un taxi moto entre Dia et Diafarabé dans le cercle de Tenenkou. Des ONG locales estiment à 40, le nombre de victimes de ces engins depuis janvier 2018.

«Nous vivons exclusivement des foires hebdomadaires, les habitants de Kouakourou vont à Koua, Kouréssé, Nou-bozo, Sabba, Diafarabé pour vendre et acheter des provisions. Les autres aussi en font la même chose. Nous n’avons plus accès à nos champs et maintenant ces mines qui nous empêchent de vendre et acheter par peur de voyager… », s’alarme au téléphone Moussa Kondo, un conseiller du chef de village de Kouakourou. Il insiste: « je pense qu’il y a une volonté des terroristes d’étouffer les populations. »

Les terroristes étouffent, les mesures draconiennes de l’État aussi. Depuis février dernier, la circulation des engins à deux roues d’un village à un autre est interdite. Mesure sécuritaire pour entraver la mobilité des hommes d’Amadou Kouffa, mais c’est toute l’économie locale qui en souffre. Lors de son périple dans le nord et le centre du pays, le Premier ministre Soumeylou B. Maiga a rassuré que des mesures sont en cours pour éradiquer complètement ces menaces. Une promesse de plus. En attendant, le déplacement reste périlleux.

Sory Kondo

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