Mali : les subventions nocives

Imgage d'illustration - Sahelien.com

Les subventions, et autres exonérations sont une aide que l’État apporte à un secteur donné de l’économie nationale, avec pour objectif  de soutenir ce secteur, pour  faire baisser les prix et donc d’augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres.

Présenter ainsi ça parait idéal, l’aide publique à la demande qui permet une relance économique par la consommation, or ces subventions ont un coût, et dans certains cas ne favorisent pas l’investissement privé, donc l’offre.

Prenons l’exemple de la société Énergie du Mali (EDM), la production en Gwh est passée de 631 à 1500 entre 2003 et 2014, et les subventions publiques de 7 à 57 milliards francs CFA. Le coût moyen de production en 2014 était de 113 francs le Kwh quand le coût moyen de vente était de 96 f/Kwh.

En résumé vous avez une entreprise publique qui reçoit chaque année des milliards en subventions, et qui vend à perte. Elle accumule les dettes et a de plus en plus besoin d’être soutenue par l’État, qui s’enferme dans la dépense publique pour maintenir un prix artificiel.

Vous comprenez qu’à un moment donné, avec la pression des bailleurs internationaux, les prix vont augmenter pour éviter la faillite d’EDM avec les conséquences que l’on sait sur la vie des ménages, et, éviter que l’État ne continue à s’endetter.

Clairement nous sommes en face d’un système perdant-perdant économiquement. Un plan de relance pour la période 2014-2020 a bien été mis en place, mais il apparaît d’ores et déjà insuffisant face à l’ampleur des difficultés.

EDM S.A a besoin d’un investissement colossal et soutenu, avec une politique de diversification des sources d’énergie (Solaire, éolien).

Il est bon de noter que les centrales thermiques ont un coût de fonctionnement qui  dépend du prix du pétrole, pétrole qui aussi est subventionné par l’État. Vous avez donc des subventions, pour payer un produit subventionné, pour vendre un produit à perte.

Donc pour sauver EDM, il faut plus insister sur l’investissement que sur les subventions et accepter momentanément une hausse des prix qui aura un impact majoritairement sur la classe favorisée, plus consommatrice que les plus pauvres. En baissant les subventions on favorise les investissements privés, plus à même de fournir un service de qualité à moindre coût.

Autre secteur subventionné, l’alimentaire et plus précisément le riz. Là encore il faut être franc, les subventions aux importations ont tout simplement contribué à affaiblir  la production locale. Ces subventions accordées pour des raisons qui peuvent paraître de prime abord logiques, ont un impact négatif sur la sécurité alimentaire.

D’après des chiffres de Djibril Aw expert reconnu « la production du riz au Mali était  de 185 000 tonnes de paddy en 1961  avec une population d’environ 3 425 000 habitants à raison de 27 Kg de riz par habitant contre 2 500 000 tonnes en 2015 avec une population d’environ 18 millions d’habitants et 81 Kg de riz par habitant par an. »

Le Mali importe aujourd’hui en moyenne 300 000 tonnes de riz/an. Le pays a donc besoin d’augmenter sa production de riz pour satisfaire la demande intérieure. Plutôt que d’investir dans l’aménagement des terres, et le développement du rendement à l’hectare, on a fait le choix d’offrir de l’argent public à des sociétés ou des hommes pour importer. Avec l’explosion démographique, la part des importations va aller croissante, or l’autosuffisance alimentaire est un objectif politique à atteindre lorsque l’on veut se développer.

En conclusion, la subvention, si elle profite un temps aux consommateurs nuit à la production car le riz importé n’a pas le même niveau de compétitivité que le riz produit localement, au final on tue une filière, détruit des emplois et crée des pauvres.

Que retenir de ces deux cas emblématiques?

Que les subventions sont de nature à freiner l’investissement privé, et sans investissement privé, il est difficile de faire développer un secteur et d’offrir à la population les services adéquats. Il apparaît nécessaire pour l’État d’augmenter sa part d’investissement dans la modernisation du secteur de l’eau, de l’énergie et l’agriculture, pour se désengager par la suite au profit du secteur privé.

Maintenir ces secteurs sous subventions et/ou favoriser les importations, c’est construire les fragilités de demain. Un État stratège doit soutenir les secteurs clés, tout en ayant un plan de désengagement pour laisser la place aux privés.

Sur un plan politique, il est difficile de dire aux gens, qu’ils vont connaître une période difficile avec une hausse des prix, du fait du désengagement étatique, mais il faut passer par là pour restructurer ces secteurs clés.

Abdoulaye Diarra, contributeur Sahelien.com

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