Mali :#Lesdrogués, quand le 1er vice-président de l’Assemblée nationale pique au vif les Internautes

Depuis hier, à travers des posts sur Facebook, des Tweets, les Internautes maliens régissent aux propos du premier vice-président de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné. Une polémique qui a ouvert le débat sur la relation on ne peut plus compliquée entre les hommes politiques et les internautes.

Lundi 20 janvier, les internautes maliens ont lancé sur Internet une campagne de protestation en réaction aux propos tenus par le premier vice-président de l’Assemblée nationale et député RPM élu en commune V, Moussa Timbiné : «Les drogués qui sont derrière les réseaux sociaux, qui vilipendent matin-midi-soir les dirigeants de ce pays, on n’en a assez, il faut que l’Etat s’assume. Et il faut qu’on arrête de telles pratiques».

Cette sortie de celui qui est aussi le président de la jeunesse du parti au pouvoir, Rassemblement pour le Mali (RPM), a eu lieu au cours d’une manifestation de soutien des membres de l’Association nationale des Secrétaires, Assistants et Attachés de directions du Mali, au président de l’Assemblée nationale, Issiaka Sidibé et sa secrétaire. Le 7 février, le Journal « Le Figaro du Mali » publiait un article sur un présumé scandale sexuel impliquant ce dernier et sa secrétaire. La polémique est donc loin de désenfler.

Selon le site Internet World Stats, en 2016 le Mali comptait 2 212 450 utilisateurs d’Internet et plus d’un million étaient sur Facebook. Sur la toile, les propos de Moussa Timbiné ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. Les internautes ont réussi à faire un grand bruit, le lundi 20 février, avec les hashtag #Lesdrogués et #Timbinerie.

Pour Fatouma Harber, secrétaire générale de la Communauté des blogueurs du Mali (Doniblog), les propos de Moussa Timbiné traduisent une peur masquée mais réelle des hommes politiques et de la classe dirigeante vis-à-vis des Internautes. Elle s’avance jusqu’à dire qu’il s’agirait plutôt d’un mépris : « Le mépris de la classe dirigeant actuelle pour les activistes et les blogueurs maliens n’est plus à prouver. Il semble que ces personnes de la vieille école, habituées à faire avaler leurs couleuvres au peuple, qui n’apprécient plus que le peuple donne son avis sur ce qui touche à la gestion de l’Etat. Ils se gourent ! Ils pourront nous traiter de tous les mots possibles, cela ne nous fera pas taire! D’ailleurs je leur donne un conseil : qu’ils essayent de recruter des community manager et des spécialistes de la communication avant de faire des sorties de ce genre », dit-elle.

Nombreux sont les observateurs qui sont d’avis que cette polémique révèle le fait que « les règles du jeu ont changé » et Internet est devenu le nouveau lieu de débats qu’il est difficile de contrôler. « Ce que cela révèle, pour moi, c’est l’avance que les réseaux sociaux ont pris sur les hommes comme un média à part entière. Et il y a que jusqu’ici, la loi n’a pas couvert le champ des réseaux sociaux », estime Adam Thiam, éditorialiste et chroniqueur vedette, qui cite l’exemple du chroniqueur Youssouf Bathily dit Ras Bath, dont les vidéos sur You Tube font fureur depuis la suspension de son émission « Cartes sur table » dans laquelle il attaquait au vitriol hommes politiques, ministres et militaires.

« Le corps des lanceurs d’alerte est devenu un métier de plus en plus prisé avec lequel les pouvoirs vont devoir compter. Il vaut mieux le prévoir pour gérer l’équilibre, sinon ce qu’on va gérer ce sera la rupture », conclut Adam Thiam.

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