Mali/Université de Kabala : fer de lance du renouveau de l’enseignement supérieur ?

C’est hier, mardi 28 février, que le Président Ibrahim Boubacar Keïta a procédé à l’inauguration de la cité universitaire de Kabala, en présence de l’Ambassadeur de la République Populaire de Chine au Mali Mme Lu Huiying. Fruit d’une coopération sino-malienne, ce pôle universitaire était très attendu pour répondre au besoin d’accueil et d’hébergement des étudiants.

« La réalisation de ce projet vise à soutenir la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique à travers l’amélioration de la performance académique des étudiants de l’Enseignement Supérieur par la création d’infrastructures d’accueil leur offrant un meilleur cadre de vie et d’étude; le renforcement des capacités d’accueil (résidences et espaces pédagogiques) pour un plus grand nombre d’étudiants ; l’apaisement du climat social au sein de l’espace universitaire par le rapprochement des lieux de résidence des étudiants aux infrastructures pédagogiques et la diminution des coûts de transport », explique-t-on du côté du ministère de l’Enseignement supérieur.

Ce pôle universitaire est l’un des plus grands de la sous-région et améliorera considérablement les conditions de vie et de travail des étudiants et des enseignants. Il est né à la suite de la commission mixte de coopération économique, commerciale et technique tenue en juin 2010 à Beijing.

La Chine s’est engagée, à cette occasion, à construire des infrastructures pédagogiques au profit de l’Enseignement supérieur. Selon le ministère, la réalisation de ce projet a coûté plus de 70 milliards. L’université est bâtie sur une superficie de 42 000 m2, comporte 7 bâtiments principaux avec des amphithéâtres ultra modernes, des salles informatiques et de classes, des terrains de sports et des internats.

Après la création de l’Université de Ségou, en 2009, pour résoudre notamment le problème de la pléthore d’étudiants dans les universités de Bamako, celle de Kabala suscite beaucoup d’espoirs. « Le nouveau fait toujours plaisir », dit Bréma Ely Dicko, chef du département Socio-anthropologie de la Faculté des sciences humaines et des sciences de l’éducation (FSHSE), qui ne fait pas mystère de son enthousiasme. Il explique qu’en 1996, l’Université de Bamako a été créée sans les conditions.

Un constat partagé par le ministère de l’Enseignement supérieur, qui reconnaît que « l’Université de Bamako a ouvert ses portes en 1996 sans structures d’accompagnement en matière d’infrastructures pédagogiques et d’hébergements pour les étudiants ».

Ce qui a fait que, dès le 28 septembre2011, le gouvernement dirigé par Mariam Kaïdama Sidibé avait adopté en Conseil des ministres quatre projets d’ordonnance, adoptés ensuite à l’Assemblée nationale le 8 décembre 2011, conduisant à la division de l’université de Bamako en quatre grandes entités. Cela pour juguler les problèmes qui étaient, entre autres, les effectifs pléthoriques, le manque d’enseignants, le chevauchement des années universitaires…

Dans son rapport, remis à Moussa Mara (Premier ministre à l’époque) en septembre 2014, le Comité de pilotage de la concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur au Mali (CNAES) a fait un diagnostic sans concession : insuffisance des textes législatifs et règlementaires, manque d’infrastructures pédagogiques et administratives adéquates, déficit en équipements de laboratoire, en réseaux informatiques et en matériel pédagogique, inadaptation des filières de formation, occupation anarchique des domaines du campus universitaire.

Même si le pôle universitaire de Kabala ne va pas résoudre tous ces problèmes, nombreux sont ceux qui sont d’avis que « c’est déjà un début de solution ». « Toute l’Université des lettres va déménager là-bas, les bâtiments que nous occupons actuellement sont mal adaptés à l’enseignement et nous coutent 53 millions par an pour la location. Alors qu’on ne peut même pas installer des projecteurs et les étudiants sont dispersés sur les sites. », dit Bréma Ely Dicko.

Avant d’ajouter : « à Kabala, les étudiants sont sur le même site, les facultés auront des bibliothèques, les professeurs auront aussi des bureaux pour travailler. » Encore plus important, en cas de coupure d’électricité, il y a des groupes électrogènes pour prendre le relais.

Mais il reste que, selon M. Dicko, « tous les étudiants de l’Université des lettres et des sciences humaines ne pourront pas aller à Kabala: « Nous avons trop d’étudiants, nous sommes quelque part victime de notre succès. Et puis, l’université est éloignée de la ville, il n’y a à l’Internat que 4 080 lits pour 26 000 étudiants. » L’ambassadeur chinois a aussi annoncé la construction de blocs pédagogiques dans un délai de deux ans.

PARTAGER