Niger : pourquoi les jeunes se radicalisent

L’étude sur les facteurs de radicalisation a concerné 5 chefs-lieux de région dont Zinder

Le Centre national d’études stratégiques et de sécurité (CNESS) a réalisé en juin dernier, une étude qui vise à identifier de manière spécifique, les facteurs déterminants dans le processus de la radicalisation des jeunes issus de différents milieux.

L’étude approfondie sur les facteurs de radicalisation des jeunes en milieu rural, urbain, universitaire et carcéral au Niger a concerné 70 villages, 5 chefs-lieux de région (Diffa, Niamey, Tahoua, Tillabery et Zinder), 5 universités publiques d’enseignements classique, deux universités privées d’enseignement arabe, une université islamique de renommée internationale et 5 centres pénitentiaires dont la prison de haute sécurité de Koutoukalé.

Selon le directeur du CNESS, le colonel Mahamadou Seidou Magagi, « 2376 jeunes âgés de 18 à 40 ans ont été interviewés à travers des fiches individuelles et 250 personnes composées de leaders religieux, coutumiers et des personnes ressources ont été interviewées lors des 25 focus groupe et entretiens informels. L’étude a relevé quatre principaux facteurs de vulnérabilité des jeunes en milieu rural et urbain.

Quels sont les facteurs?

La méconnaissance des lois de la République, la méconnaissance des préceptes du Coran de manière approfondie parmi ceux qui l’ont étudié selon les régions, le chômage et le manque de perspective d’emploi, l’analphabétisme et le faible niveau scolaire (58 à 63%) selon les régions. Soumis aux mêmes facteurs les jeunes en milieu rural sont plus vulnérables que leurs frères vivant en ville.

S’agissant des facteurs de radicalisation en milieu universitaire, le directeur du centre a noté que dans les universités d’enseignement français, les résultats ont montré que les facteurs de vulnérabilité des jeunes étudiants sont essentiellement la dépendance vis-à-vis des allocations de l’Etat (plus de 80% des étudiants en dépendent). A cela s’ajoute le cumul de la connaissance approfondie du Coran et du savoir moderne. Les étudiants qui ont ce profil varient de 2% à 8% selon les universités.

Dans les universités d’enseignement arabe, les étudiants se sentent discriminés par le système francophone ou anglophone selon leurs pays d’origine avant même de faire face à la réalité de l’emploi, a-t-il indiqué. Aussi, ajoute-t-il, le manque de perspective et le sentiment de discrimination vis-à-vis de leurs diplômes peuvent les pousser à emprunter la voie de l’’extrémisme pour valoriser ce qu’ils ont étudié.

Quid des centres de détention ?

« En ce qui concerne les centres carcéraux, les erreurs judiciaires et le retard de jugement crée », selon le colonel Mahamadou « un sentiment de frustration et d’injustice au niveau des détenus ». De surcroît, précise-t-il, la cohabitation entre détenus de droits communs et les détenus  djihadistes reste un facteur non moins important de basculement et de radicalisation.

Sahelien.com a rencontré un jeune radicalisé en prison de Koutoukalé. Surnommé « tigre » par ses amis, il a été libéré en août dernier. Assis sous un arbre autour du thé dans la commune urbaine de Ouallam, il nous explique qu’il avait fréquenté des détenus qui l’ont initié à des pratiques djihadistes. «J’ai été en prison pendant 7 ans depuis 2011. A l’époque j’avais 20 ans. Les militaires m’avaient arrêté après une attaque de mon village par « les bandits » qui ont tué mon père. Chaque fois qu’ils viennent au village, ils veulent partir avec nous de force pour nous former et apprendre à tirer les  armes. Une fois en prison, j’ai rencontré deux personnes parmi ces combattants. Ils sont devenus mes amis. On mange et on prie ensemble en prison. J’ai fait 7 ans de prison pour rien. Aujourd’hui que je suis libre, je vais faire tout ce que je veux. Je n’ai pas peur de mourir et la prison, je la connais. »

Le rapport du CNESS servira également de base pour l’élaboration du document de projet de l’observatoire national sur les risques sécuritaires et continuera d’être exploité dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme a affirmé le directeur du centre.

Omar Hama Saley

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