Niger : Une présidentielle solitaire et contestée

Le palais des congrès est rose. Rose, comme les pagnes que portent les centaines de femmes qui se sont données rendez-vous ce vendredi, dernier jour de la campagne pour le second tour de la présidentielle. Rose, comme les couleurs du PNDS, le puissant parti de Mahamadou Issoufou en passe d’être réélu pour un deuxième mandat.

Cela n’est plus qu’une formalité. Il a frôlé la victoire au premier tour (48,43% des voix), plusieurs petits candidats lui ont apporté leur soutien. L’opposition s’est retirée du processus électoral. Enfin, son adversaire, Hama Amadou, détenu à la prison de Filingué dans une affaire contestée de trafic d’enfant, a été évacué à quatre jours du scrutin vers la France pour se faire soigner d’une maladie chronique. Ce second tour est une élection solitaire.

Il est midi passé au palais des congrès et les femmes militantes ou sympathisantes des partis soutenant Mahamadou Issoufou sont là depuis le début de la matinée. « Nous voulons mobiliser les femmes pour qu’elles aillent voter et soutenir Mahamadou Issoufou », dit une militante. Une autre ajoute : « L’opposition, ils essayent de déstabiliser les gens, en disant des choses qui ne sont pas correctes, en faisant de l’intoxication ».

« Nous avons décidé d’appeler au calme et à l’apaisement », explique Harouna Fati, vice-présidente de la MRN, la Mouvance pour la renaissance du Niger qui soutient le président. « Nous avons entendu des déclarations incendiaires sur les réseaux sociaux. Nous appelons nos frères et sœurs de la COPA (la plateforme de l’opposition) au calme et à la réconciliation, au pardon et à la tolérance, à participer à un dialogue constructif ».

Discours et musiques se succèdent, mais la fête du palais des congrès n’a pas d’éclat. Les deux premières dames sur l’estrade ont le visage las. Quand vient enfin l’heure de remettre solennellement aux épouses du président un document promettant 2 millions de voix féminines à Mahamadou Issoufou, de nombreuses femmes sont déjà en train de descendre les escaliers pour quitter la salle. « Il est demandé à tout le monde de rester sur place », tente une femme au micro. Mais, après tout, la victoire n’est-elle pas assurée ?

Sorti du palais des congrès, la ville est calme. Niamey n’a pas l’allure d’une ville en campagne. L’enthousiasme du premier tour s’est étiolé. Les affiches ont jauni sous le soleil de mars ou sont arrachées. Les fanions ont terni ou disparu.

Le siège du Moden Fa Lumana, le parti d’Hama Amadou, est presque vide. Quand des dignitaires du parti arrivent dans leurs puissants 4×4, ils refusent de s’exprimer. Même chose au siège de campagne.

Entre les deux camps, le dialogue est rompu, « chacun campe sur sa position », juge Hamidou Saïdou de l’ONG Alternative espaces citoyens. L’opposition a dénoncé les résultats « grotesques » du premier tour. Elle a annoncé qu’elle ne reconnaîtra pas les résultats du second tour et demande une « transition politique » pour « organiser de nouvelles élections démocratiques, libres ». Elle a demandé aux Nigériens de rester chez eux et de ne pas voter.

« L’opposition veut discréditer l’élection », estime Hamidou Saïdou. Elle « mise sur un faible taux de participation pour montrer qu’il y a eu vol au premier tour ». S’il est faible, « ça discrédite (la réélection de Mahamadou Issoufou) au plan national, mais aussi international ». Le président nigérien, en première ligne contre les terroristes d’Al-Qaïda, Boko Haram et de l’Etat islamique, est apprécié des Occidentaux.

Qu’importe, « nous n’avons pas besoin de leur reconnaissance », a tranché Mohamed Bazoum, ministre d’Etat. Il pense que l’opposition cherche à éviter de perdre la face devant une défaite annoncée.

Le soir, des jeunes de l’opposition se réunissent pour une conférence de presse. Ils veulent apporter un démenti formel à une déclaration faite à la télévision selon laquelle ils se rangeraient derrière le président Mahamadou Issoufou. Comme dans le camp adverse, un jeune militant, Abdoul Kader Boubakar, prône l’apaisement : « On veut la paix, on a de l’amour pour notre pays. Ils disent qu’on va brûler Niamey, mais c’est eux qui pensent à la violence».

Le climat est tendu. « Pour le second tour, les positions se crispent et se cristallisent », observe le politologue nigérien Souley Adji. Des affrontements sont-ils envisageables ? « Pourquoi pas. Mais la ville est quadrillée par les forces de l’ordre et c’est pareil à Zinder ». Un observateur étranger remarque que le Niger n’a pas « une histoire de violences électorales ».

Quoi qu’il en soit une « situation de crise politique va s’installer », pointe Souley Adji. Au Niger, elles ont souvent débouché par le passé sur des coups d’Etat ou des tentatives de coups de force.

Un boutiquier s’agace : « Tu trouves qu’il se passe quelque chose ? Tu vois une campagne électorale ? Il ne se passe rien ». L’homme, qui ne porte pas le président Mahamadou Issoufou dans son cœur, ne décolère pas. « Tout cela est un simulacre de démocratie. Et si ça continue, ça va mal finir ».

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