Présidentielle de 2018 : un pas vers la consolidation de la paix au Mali ?

Opération de distribution de cartes d'électeur à Bamako

5 ans après la présidentielle de 2013 qui marquait le retour du Mali à l’Etat de droit et à la légitimité démocratique après les événements dramatiques vécus par ce pays, les Maliens se rendront aux urnes le 29 juillet 2018 pour élire leur Président. L’enjeu principal pour le Gouvernement et, particulièrement, les Organes de gestion des élections (OGEs) qui organisent le scrutin, c’est d’en assurer l’intégrité, la transparence et la sécurité.

En 2013, à pareil moment, à l’approche de la présidentielle du 28 juillet, se posait encore la question de la capacité du Mali à organiser des élections crédibles dont les résultats seraient acceptés par le plus grand nombre. Le doute était si sérieux que le président de l’un des OGEs du pays avait même estimé qu’il serait extrêmement difficile d’organiser la présidentielle à la date prévue à cause des nombreux défis qu’il y avait encore à relever. Le Secrétaire Général des Nations Unies, dans son rapport du 10 juin 2013 sur la situation au Mali, avait d’ailleurs conseillé aux autorités maliennes d’examiner de près le calendrier des élections et de s’assurer qu’elles allaient contribuer effectivement à favoriser la stabilité et la réconciliation nationale.

Aujourd’hui, pour l’élection présidentielle dont le 1er tour est prévu le 29 juillet 2018, 8 461 000 électeurs répartis dans 23 041 bureaux de vote sont appelés à départager 24 candidats (contre 27 en 2013) dont une femme et le Président sortant. La campagne électorale a débuté le samedi 07 juillet à minuit et prendra fin le 27 juillet à la même heure.

Les défis du processus électoral

Aujourd’hui, à quelques jours de la présidentielle de 2018, les défis ne manquent pas, et même s’ils ne sont plus exactement les mêmes, beaucoup se posent quasiment les mêmes questions qu’en 2013. A l’évidence, les deux premiers défis du processus électoral tiennent en deux mots : sécurité et crédibilité !

En effet, la situation sécuritaire s’est relativement dégradée ces derniers temps, ce qui est illustré par des attaques récurrentes au Nord et, surtout, au centre du pays. Elle demeure une source de préoccupation majeure à la fois pour les Maliens, la sous-région et au-delà. Quant à la crédibilité du processus, si cette fois-ci, il n’y a pas vraiment de débat autour de la liste électorale, la distribution des nouvelles cartes d’électeurs biométriques dans un délai très court, à l’instar de 2013, reste un casse-tête pour les OGEs. Officiellement lancée depuis le 20 juin, elle a beaucoup peiné au début avant d’atteindre sa vitesse de croisière depuis la mi-juillet (pour atteindre environ 50% de distribution).

Par ailleurs, il y a le défi que représente la question du vote des déplacés internes et externes maliens qui sont en juin estimés à près de 200 000 (dont, environ, 60 000 internes et 140 000 externes).

Au-delà de ces défis qui, pour la plupart, étaient déjà présents en 2013, il y en a d’autres dont les effets, généralement plus graves et plus difficiles à résorber, pourraient ne se matérialiser qu’après la période électorale. Il s’agit du fait que de grands leaders religieux et des artistes populaires prennent position en faveur de tel ou tel candidat. Ce fait n’est pas nouveau en soi, au moins en ce qui concerne les leaders religieux, au point où il leur est quasiment interdit de donner des consignes de vote dans les mosquées. Ceci, en temps normal, ne devrait pas être un problème, les leaders religieux et les artistes réputés étant, au même titre que tous les autres Maliens, libres de mobiliser des électeurs pour les candidats de leur choix. En revanche, cela peut devenir problématique dans un contexte comme celui du Mali où la cohésion sociale, parfois au niveau communautaire, les équilibres traditionnels sont fortement ébranlés depuis la crise de 2012.

Les facteurs qui réduisent les risques

Face à ces défis, les raisons d’espérer sont quasiment les mêmes que celles qui ont prévalu en 2013 et avaient permis au Mali de relever les défis auxquels il se trouvait alors confronté.

Au premier rang de ces facteurs se trouve le consensus, à la fois au sein de la classe politique et de l’opinion publique, que ne pas aller aux élections n’était pas une option. Un tel consensus devrait réduire les risques de contestations et inciter les différentes parties prenantes à accepter les insuffisances du processus et, à terme, leur impact sur les résultats. Il y a également des mesures prises par le Gouvernement pour garantir le vote à autant de citoyens que possible. Ainsi, les électeurs qui n’auraient pas retiré leurs cartes d’électeurs avant le jour du scrutin ont la possibilité de le faire séance tenante dans les bureaux de votes.  De même, mais uniquement en cas de force majeure, l’utilisation des anciennes cartes d’électeurs peut être autorisée.

Il y a, enfin, les engagements du Gouvernement, ainsi que des partenaires du Mali, à commencer par les différentes missions sécuritaires présentes dans le pays, de faire de leur mieux pour contribuer à assurer un environnement aussi favorable que possible pour les élections.

Au-delà des acteurs qui précèdent, il convient de mentionner également un acteur important du processus, la société civile qui, comme en 2013, apporte une contribution de choix à la résolution de certains des défis auquel le processus électoral est confronté. En effet, composée de plusieurs organisations regroupées en différentes coalitions, elle œuvre à la transparence de l’élection du 29 juillet à travers des réflexions, des contributions, la sensibilisation et, surtout, le déploiement de milliers d’observateurs locaux. Elle travaille également à l’amélioration du taux de participation au scrutin – et donc la réduction du taux d’abstention réputé assez élevé[1]– et initie des activités susceptibles de favoriser les échanges entre les électeurs et les candidats sur les propositions et programmes politiques de ces derniers.

Les défis pour l’avenir

Même si la situation sécuritaire et l’intégrité du processus électoral demeurent des préoccupations pour les Maliens, ils souhaiteraient bien voir les candidats s’exprimer sur d’autres défis importants pour l’avenir du pays, et le président élu s’y attaquer. Selon les données du sondage du Round 7 (2018) du groupe Afrobaromètre, au sujet de leurs conditions de vie actuelles, 63% des Maliens pensent qu’ils vivent très mal ou assez mal (contre 56% en 2014). Ils sont presque 60% à penser que la corruption s’est quelque peu ou beaucoup aggravée au Mali, ces dernières années. Même s’il y a eu une amélioration par rapport à 2014 où ils étaient 75%, ils sont quand même encore 57% à penser que les officiels bénéficient quasiment toujours de l’impunité lorsqu’ils commettent des crimes.

Le Président de la République qui sortira vainqueur du processus électoral en cours devra se donner les moyens de ramener la paix et la quiétude chez les Maliens soit à travers l’application complète de l’accord de paix en cours, soit par la négociation d’un nouvel accord. De même, il devra trouver les moyens les plus pertinents pour la reconstruction de la cohésion nationale fortement ébranlée depuis la crise de 2012.

 Conclusion

A l’instar de la situation de 2013, les Maliens disposent des atouts, tant internes qu’à travers les appuis des partenaires du Mali, pour organiser des élections aux résultats acceptés par tous malgré les nombreux défis qu’ils doivent relever pour y arriver. Mais il est absolument nécessaire que, dans ce contexte électoral complexe, les artistes et les leaders religieux n’oublient pas leur rôle de médiateurs et de contributeurs à la reconstruction de la cohésion nationale et ce, ni pendant la campagne électorale, ni et surtout pas après les élections, tout en assumant leur choix et leur soutien à l’un ou l’autre des candidats en lice. Enfin, il est important que les candidats ne limitent pas les efforts aux succès des élections parce que le plus dur vient juste après. C’est à ce prix que les Maliens peuvent continuer l’aventure démocratique dans la paix et la quiétude, aventure à laquelle ils restent attachés.

Par Mathias HOUNKPE, Administrateur du Programme de Gouvernance Politique et de Consolidation Démocratique à OSIWA (@Coffi_12) & Assane SINE, Associé à la Communication à OSIWA (@Sinassane)

[1] Moins de 50% en 2013

Les points de vue exprimés dans l’article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de Sahelien.com.

PARTAGER