Mali : Goundam face à la menace des engins explosifs improvisés

Dans le cercle de Goundam (région de Tombouctou), les engins explosifs improvisés (EEI) et les restes explosifs de guerre (REG) sont devenus l’un des principaux défis à la sécurité humaine. Cette menace affecte la mobilité, les activités économiques, l’accès aux services sociaux et expose particulièrement les enfants à des risques mortels.

Entre 2022 et 2024, plusieurs accidents mortels ont été enregistrés. « Trois enfants pêcheurs ont péri après avoir ramassé un explosif sur la route de Tonka. À Sossowallé, un quartier de la ville de Goundam, deux enfants d’une même famille ont survécu à l’explosion d’une grenade. À Acharane, un enfant est mort et un autre a été blessé. »

« La menace est là », alerte Mariam Bouri Touré, cheffe du service technique de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille. Elle précise que ces chiffres restent en deçà de la réalité, certains incidents n’étant pas systématiquement documentés en raison des difficultés d’accès ou de remontée des informations.

Des impacts sur la vie locale

Au-delà des pertes humaines, ces engins perturbent la vie quotidienne des communautés. Ils limitent les déplacements, empêchent l’exploitation de certaines terres agricoles et freinent l’accès aux services sociaux de base, notamment l’éducation et la santé. « Ces engins ne distinguent ni l’enfant ni l’adulte, ni l’élève du berger, ni le cultivateur du commerçant », indique le préfet du cercle de Goundam, Amadou Oumar Kida, pour qui la réponse « ne peut être uniquement sécuritaire » mais doit aussi être « communautaire, éducative et préventive. »

Les enfants, premières victimes d’un danger invisible

Les enfants restent les premières victimes de cette menace invisible, souvent par simple curiosité face à des objets suspects ramassés dans leur environnement.

Face à cette réalité, un atelier de formation de trois jours sur l’éducation aux risques liés aux engins explosifs s’est tenu à Goundam en vue renforcer les capacités des relais communautaires afin qu’ils puissent mieux informer les populations sur les comportements à adopter face aux objets suspects.

Avec l’appui de l’UNICEF, plusieurs mécanismes été mis en place dans le cercle, notamment des comités de veille et d’alerte précoce, des réseaux de protection de l’enfant, des familles d’accueil transitoire et des espaces amis d’enfants.

Pour les autorités locales et les acteurs humanitaires, la prévention reste essentielle pour réduire les risques liés aux engins explosifs et instaurer une véritable culture de vigilance au sein des communautés.

L’aide humanitaire également affectée

Les engins explosifs improvisés compromettent également l’acheminement de l’aide internationale. Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA Mali), les hostilités combinées à la menace des engins explosifs représentent à elles seules 87 % des restrictions rencontrées par les acteurs humanitaires.

La région de Tombouctou, ainsi que l’ensemble de ses cercles, fait face à une recrudescence préoccupante de ce phénomène. En 2025, OCHA y a recensé 355 contraintes liées aux engins explosifs à l’échelle nationale, soit une hausse de plus de 18 % par rapport à 2024 — plaçant Tombouctou parmi les trois régions les plus touchées du pays.

Sur le plan humain, le bilan reste lourd : 52 victimes d’engins explosifs improvisés ont été recensées, dont 22 blessés ou mutilés et 30 décès. Parmi ces victimes figurent 13 femmes et 39 hommes.