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dimanche, 24 octobre, 2021

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Au centre du Mali, trois villages sont assiégés par des djihadistes depuis plus d’un an

Les marchés sont fermés et il n’y a plus de foire hebdomadaire. Le ravitaillement des villages de Kouakourou, Toguéré Coumbé et Dialloubé se fait sous escorte de l’armée.

On est jeudi, jour de la foire hebdomadaire de Mopti, chef-lieu de la cinquième région administrative. Au centre-ville, les rues et ruelles sont bondées. Un peu plus loin, sur les berges du fleuve Niger, les marchands venus de l’intérieur de la région vendent et achètent divers articles sous un soleil de plomb. Les échanges ou communications se font essentiellement en Peulh, Bozo, Sonraï et Bambara. Derrière ce melting-pot, se cache une véritable inquiétude chez certaines personnes. Surtout, celles qui sont originaires de Kouakourou, Toguéré Coumbé et Dialloubé. Ces trois villages sont entourés par des groupes terroristes qui accusent leurs habitants de collaborer avec l’Etat malien.

Depuis plus d’un an, des militaires ont pris positions dans ces différentes localités. Les groupes armés accusent les populations d’avoir fait appel aux soldats maliens. C’est la raison pour laquelle, ils n’hésitent pas à enlever ou même tuer les personnes qui osent s’aventurer dans ces zones. Là-bas, les marchés sont fermés et il n’y a plus de foire hebdomadaire. « Il est impossible aujourd’hui d’aller pêcher sur le fleuve quand tu es de Kouakourou », raconte un jeune pêcheur que nous allons nommer par ses initiales A. T.

« Nous voulons juste pouvoir nous libérer de cet embargo … »

Originaire de Kouakourou, il est issu d’une famille de pêcheurs. Chaque année, ils mènent leurs activités le long du fleuve. Mais depuis deux ans, A. T. est contraint de laisser la pêche pour devenir vendeur de carburant à Mopti ville. Aujourd’hui, il a mis ses pirogues en location à cause de la situation qui prévaut sur place. Il ne peut plus se rendre dans son village natal, ni circuler sur le fleuve Niger. Dans le cadre de notre reportage, A. T. nous amène chez un de ses parents. Agé de 53 ans, Sidi (nom d’emprunt) est arrivé à Mopti en 2017 et n’est plus retourné dans son village à Kouakourou. « Nous voulons juste pouvoir nous libérer de cet embargo injuste et rejoindre la famille… » affirme-t-il. Et d’ajouter : « même si je veux envoyer un sac de riz au village, aucun piroguier ne risquera sa vie pour le transporter ».

Les exactions des groupes armés s’intensifient au centre du pays, ce qui oblige les populations à fuir. Sur les berges du fleuve, plus précisément à Mopti-Hindé, un quartier de Komoguel 2, une vingtaine de femmes Bozos racontent leur calvaire. Elles ont été témoins de l’enlèvement de leurs propres maris et enfants par des terroristes aux environs de Kouakourou. « Nous ne pouvons parler de pardon tant que nos proches serons détenus », a dit une femme au correspondant de Sahelien.com. Son époux et son fils font partie de ceux qui ont été enlevés. Et de poursuivre qu’elles ont été obligées d’abandonner les pirogues pour se réfugier dans un village voisin. Avec l’aide des villageois, elles sont arrivées en ville. « Depuis lors, c’est les habitants de Mopti-Hindé qui nous prennent en charge. Nous avons reçu une fois seulement l’aide du gouverneur » a-t-elle précisé.

Sahelien.com