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jeudi, 04 mars, 2021

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Burkina Faso : plus de 320.000 élèves affectés par l’insécurité à l’approche de la rentrée

Les écoles fermées se trouvent dans six régions sur les treize que compte le pays. En fin d’année scolaire notamment en juin dernier, quelque 2000 écoles sont fermées touchant environ 327.000 élèves, selon le ministre de l’éducation nationale.

Ils sont venus des localités touchés par les attaques d’hommes armés qui ont fait des dizaines de morts. Si certains déplacés ont trouvé refuge dans des familles d’accueil, d’autres occupent provisoirement les établissements scolaires dans la capitale, comme Sawadogo Ousmane. Il a quitté Silgadji avec toute sa famille pour s’installer à la périphérie de Ouagadougou. « Après trois mois de scolarité, les écoles ont été fermées à cause des attaques. Ici, nos enfants ne partent pas à l’école. Tout ce que nous cherchons, c’est le manger, car nous sommes partis abandonnant tout au village ».

Et de poursuivre : « au début, les autorités sont venues nous donner à manger et nous demander d’être prêts à repartir sur les sites de Barsalgho et Foubé. Ces sites sont près de nos villages et nous ne sommes pas prêts à y retourner. Les autorités avaient dit qu’ils ne pourront pas nous prendre en charge si nous refusons d’y retourner. (…) Certaines de nos femmes ont fait des fausses couches sur la route pendant que nous fuyions les attaques. Elles ne sont pas prêtes à rester sans maris si nous décidons de repartir sur les sites de Foubé et Barsalgo ».

En effet, dès l’arrivée des déplacés du Soum à Ouagadougou, une équipe gouvernementale avec à sa tête la ministre de la Solidarité nationale et de l’Action humanitaire, Laurence Ilboudo Marchal, était allée à leur rencontre. Mais les conditions posées par le gouvernement n’étaient pas du goût des déplacés qui ne comptent plus repartir vers d’autres sites. Ils estiment que les sites sont proches de leurs villages où ils ont été témoins des tueries dans une église.

« Nous voulons aller le plus loin possible »

De Silgadji à Ouagadougou, il faut traverser Kaya et plusieurs villages. Djibo est à 50 km de Silgadji, Ouahigouya est plus proche que Ouagadougou mais les déplacés disent « aller le plus loin possible. C’est pourquoi nous avons loué deux camions à 400.000F CFA pour nous y amener. Là où nous sommes logés [une école privée, ndlr], ce n’est pas gratuit. Nous payons entre 5000 et 10.000F par logement de nos propres poches, mais nous n’avons plus rien. Nos animaux sont restés là-bas et des gens les ont volés. Nous ne travaillons pas ici à Ouaga et personne d’entre nous ne pourra cultiver pour nourrir sa famille ».

Sur place, à Pazaani, un quartier non-loti de Ouagadougou, plus de 400 personnes dont  150 enfants sont répartis dans des salles de classe et d’autres lieux. Au départ, ils étaient environ 2000 personnes à quitter Arbinda, Kelbo et Silgadji répartis dans deux quartiers, une partie dans l’arrondissement 9 et l’autre à Pazaani.

Parmi les enfants, Tapsoba Sahadata n’a pas eu la chance de passer l’examen pour l’obtention du premier diplôme scolaire. « Je suis au CM2 mais je n’ai pas pu faire l’examen à cause des gens de la brousse (les terroristes, ndlr). J’ai eu 8 de moyenne au premier trimestre et je souhaite continuer ». Comme elle, plus de 200 élèves de son village n’iront pas à l’école faute de moyens. Aussi, avec l’effectif pléthorique dans les écoles publiques de la capitale, il sera difficile de trouver de places, affirment ses parents.

Des mesures sont annoncées par le gouvernement pour la réouverture des écoles en zone d’insécurité mais leur application ne rassure pas, selon nos interlocuteurs. Dans le Soum, plus de 200 écoles fermées, 20.000 enfants dans la rue, avait annoncé le ministre de l’éducation nationale et de la promotion des langues, il y a quelques mois. Selon Stanislas Ouaro, à la date du 15 février dernier, 1135 écoles sont restées fermées au Burkina affectant plus de 154.223 élèves et 5032 enseignants. Mais ce chiffre a presque doublé trois mois plus tard.

À Djibo, nous avons tenté d’approcher les responsables en charge de l’éducation sans succès. Certains craignent pour leur sécurité, d’autres pour les sanctions de la hiérarchie. “Nous voulons répondre mais la situation est compliquée. Si vous nous envoyez une autorisation signée par la hiérarchie nous pourrons nous prêter à vos questions. Sinon je ne prendrai aucun risque en ces temps qui courent” nous répond un directeur d’école. Même son de cloche à la direction provinciale de l’éducation, sans l’autorisation de la hiérarchie, pas de réponse. Le directeur provincial de l’action sociale d’une province avait été relevé de ses fonction après une interview sur la situation des déplacés de sa localité.

Ce que prévoient les autorités

Les écoles sont, elles aussi, gardées nuit et jour par des militaires en vue d’assurer la sécurité des élèves n’ayant pas pu faire les différents examens pour une session spéciale, en ce mois de septembre. La ville de Djibo, située à 210km de la capitale, est sous couvre-feu depuis plusieurs mois après l’attaque de la brigade de gendarmerie. Depuis 2017, aucune école dans un rayon de 2 kilomètres ne fonctionne plus. Après le premier trimestre de cette année, même des écoles à l’intérieur de la ville sont fermées. « Les élèves ne suivent pas bien les cours. Au moindre bruit, ils paniquent et se dispersent. C’est la psychose ! », explique un enseignant qui a souhaité garder l’anonymat. « On ne peut pas travailler dans ces conditions» s’indigne-t-il.

Le gouvernement burkinabé prévoit redéployer les enseignants pour combler le vide dans les écoles en province. Une mesure qui vise à désengorger les effectifs d’enseignants dans les villes de Ouagadougou et Bobo Dioulasso qui sont parfois en surnombre.

À cet effet, le syndicat des enseignants dit être d’accord avec cette mesure mais demande au gouvernement de respecter le protocole d’accord qui prévoit un effectif de 50 élèves par classe au primaire car, certaines classes comptent plus de 100 élèves. Jusque-là, le redéploiement est au ralenti. À quelques semaines de la rentrée scolaire, les attaques contre des positions militaires faisant plusieurs dizaines de morts à Koutougou ne rassurent pas les populations pour la réouverture des écoles dans ces zones.

Au Burkina Faso, « près de 289 000 personnes déplacées vivent dans des communautés d’accueil ou des sites de déplacement dans les régions Centre-Nord, Est, Nord et du Sahel. De plus en plus de personnes déplacées cherchent refuge dans des centres urbains », selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (OCHA).

Sahelien.com

*Réalisé avec le soutien du Programme Sahel de l’IMS, financé par DANIDA.