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Burkina Faso : Trois anciens du RSP mis en examen dans le dossier Zongo

La nouvelle est tombée opportunément, à quelques jours des commémorations du 17ème anniversaire de la mort de Norbert Zongo. Trois personnes sont mises en examen dans le dossier de l’assassinat du journaliste, réouvert après la chute de Blaise Compaoré.

Il s’agit de Banagoulo Yaro, Wampasba Nacoulma et Christophe Kombacéré, selon Chrysogone Zougmoré, président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et du peuple (MBDHP), en pointe sur ce dossier. Sergent, caporal et simple soldat, ils faisaient tous partie du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne du président Blaise Compaoré, maintenant dissoute.

On ignore encore les chefs d’inculpations retenus contre eux. Mais leurs noms ne sont pas inconnus des familiers du dossier. Ils figuraient déjà parmi les six « sérieux suspects » identifiés par une commission d’enquête indépendante, en 1999. Celle-ci avait relevé « des contradictions et des incohérences », lors de leurs auditions.

Faisaient-ils partie du commando qui a exécuté le journaliste d’investigation et trois de ses camarades le 13 décembre 1998 ? Les corps de trois des quatre hommes ont été découverts dans un Toyota Land Cruiser calciné, à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou. Le quatrième gisait à proximité du véhicule. Manifestement, le véhicule a été pris sous le feu de plusieurs tireurs, à sept kilomètres de Sapouy.

Norbert Zongo enquêtait sur la mort sous la torture de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère du président Blaise Compaoré. L’assassinat du journaliste et de ses compagnons a provoqué une vive réaction au Burkina Faso, et même au-delà. Mais jamais personne n’a été condamné dans cette affaire.

Où étaient les trois inculpés ce 13 décembre 1998 ? D’après une version intermédiaire du rapport, qui n’avait pas été rendue publique et qu’a relayé Reporters sans frontières, six suspects sérieux, dont les trois mis en examen, « mentent sur leur emploi du temps ». Ce document indique encore : « sur les auteurs à proprement parler du meurtre de Sapouy, la Commission d’enquête indépendante est persuadée qu’ils appartiennent à la garde présidentielle ».

Le 5 juin dernier, la Cour africaine des droits de l’homme avait ordonné aux autorités burkinabè « de reprendre les investigations en vue de rechercher, poursuivre et juger les auteurs » de ces assassinats. Les juges avaient aussi réclamé que l’Etat burkinabè verse 25 millions de francs FCA à chacun des conjoints, 15 millions à chacun des enfants et 10 millions à chacun des mères et pères de Zongo et ses compagnons. Selon Chrysogone Zougmoré, « le chèque (230 millions de FCFA) a enfin été débloqué par l’Etat » pour indemniser les proches des victimes. D’après lui, la date limite pour le versement était pourtant le 4 décembre.

L’annonce des inculpations et des indemnisations survient après la publication d’une lettre ouverte interpellant le Premier ministre. Le Collectif des organisations démocratiques de masse (CODMPP) et la Coalition contre la vie chère (CCVC) y rappellent qu’Isaac Zida avait assisté personnellement à un rassemblement le 13 décembre 2014 dans lequel il avait assuré que « la justice sera rendue au camarade Norbert Zongo ».

Les auteurs de la lettre remarquent qu’une « année après vos déclarations et alors que la transition tire vers sa fin, le constat est bien triste et amer. Bien que rouvert, le traitement du dossier Norbert Zongo n’a pratiquement pas évolué, malgré vos multiples engagements, de sorte que les assassins de ‘votre’ camarade courent toujours ». Et d’en conclure que le gouvernement Zida « n’a guère fait mieux, quant au fond, que les gouvernements successifs de Blaise Compaoré ».

Dans la foulée, le procureur général à Ouagadougou s’est fendu d’un communiqué où il assure que le juge d’instruction « a posé d’importants actes allant dans le sens de la manifestation de la vérité. Cependant, il a souhaité qu’à cette étape de la procédure et en vue de se donner toutes les chances d’aboutir à des résultats conséquents, qu’il ne soit pas divulgué la nature des actes déjà posés ou à poser ». Il ajoute que « les avocats des parties civiles sont au parfum du dossier ».

Maître Prosper Farama, avocat de la famille Zongo, se félicite de ces interpellations, mais ne s’explique pas ces lenteurs : « On se serait attendu à ce que le dossier connaisse un meilleur sort que celui-là ». Abdoulaye Diallo, directeur du centre national de presse Norbert Zongo, admet que « c’est un dossier très corsé », mais, pour lui, « il faudrait aller très vite sur les dossiers essentiels ». Il poursuit : « Des gens ont inculpés, c’est déjà ça. Mais, maintenant, on attend que François Compaoré soit convoqué et inculpé ». Les autres étant du menu fretin.

« Je crois que les gens ont pensé qu’avec le départ de Blaise, les choses deviendraient faciles, » estime Chrysogone Zougmoré. « Mais on doit faire la différence entre le régime et le système Compaoré. Les racines du système sont plus profondes que le régime. Il y a toute une philosophie qui soutenait la gestion du pouvoir de l’Etat et s’appuyait sur deux piliers fondamentaux : l’armée (essentiellement le RSP) et la justice. Pour la justice, les racines du système ne sont peut-être pas totalement expurgées. On n’a pas encore été assez loin ».

L’arrivée au pouvoir du président élu Roch Marc Christian Kaboré et, parmi les éminences de son parti, d’autres anciens haut cadres du régime Compaoré, permettra-t-elle d’aller au bout des différentes affaires ? « Ces gens-là ont fait un quart de siècle avec Blaise Compaoré. Ils ont été les artisans de la construction de son système », relève le défenseur des droits de l’homme. Mais, quoi qu’il en soit, « la lutte contre l’impunité a été un élément fondamental de l’insurrection et de la résistance au putsch du 16 septembre ».