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Faso Danfani : un enjeu économique et social pour le Burkina Faso

Plus qu’un simple tissu, le Faso Danfani, ce tissu traditionnel burkinabè, est au cœur d’une dynamique économique, culturelle et sociale qui implique de nombreux acteurs. Des vendeuses aux tisseuses, en passant par les couturiers et les économistes sans oublier les consommateurs, tous témoignent de l’importance et des enjeux de ce pagne qui fait la fierté du pays.

Bakieka Zenabo, qui vend ce tissu depuis plus de 3 ans, affirme qu’il y a une forte demande de la part des clients, qui apprécient les motifs et les couleurs du pagne. « A mon niveau, il y a la demande. Je pars dans les marchés, comme le grand marché, le marché de 10 Yaar, Sankaryaaré, et je vends avec les commerçants. Depuis 2019 jusqu’à 2022, je ne pouvais même pas satisfaire mes clients. », déclare la commerçante.

Mais, le Faso Danfani n’est pas seulement un produit commercial, c’est aussi un symbole d’identité et de tradition. Madame Zoungrana née Assoubounan Germaine, est une adepte du concept ‘consommons burkinabè’ et de la beauté du pagne. « Dans mon dressing, il y en a pas mal parce que ça fait partie de notre identité. Voilà, parce que c’est un pagne qui vient de chez nous et comme on le dit, consommons au burkinabè, donc raison pour laquelle on en porte. Et puis, ça a des jolis motifs », affirme la consommatrice.

Pour elle, le Faso Danfani revêt une valeur particulière dans chaque ethnie. « Chaque ethnie a son pagne, a différentes étoffes et différents motifs de pagne en fonction de la situation et de la cérémonie. Donc, ça fait partie du quotidien de tout un chacun. C’est vrai que la civilisation est venue un peu changer les choses, mais quand il s’agit, par exemple, des mariages ou cérémonies de dot et tout, on revient encore à la source et on reporte le pagne. », explique Assoubounan Germaine.

Le Faso Danfani, c’est aussi la créativité et l’innovation. Abdrakim est un couturier qui ne travaille que cette étoffe depuis une dizaine d’années. « Je suis couturier, cela fait plus de 25 ans. Je faisais d’abord la couture à la demande mais aujourd’hui je fais dans les prêts à porter. On a commencé à travailler avec le Faso Danfani ça vaut 10 ans aussi. La première exigence de la clientèle, c’est la qualité. », indique-t-il.

Forte demande

C’est donc toute une chaine liée à la confection du pagne, qui requiert un savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération. Tisseuse du Faso Danfani, Compaoré Hassana, dans son atelier, nous fait découvrir le processus de fabrication du tissu. « Nous payons beaucoup de fils en couleur. Nous payons des rouleaux, ensuite nous prenons le blanc sale, le noir et leurs composantes. Ensuite, nous passons à la teinture après cette étape. Nous positionnons le tout sur nos machines et nous commençons le tissage. En semaine, si nous avons des commandes, nous tissons facilement 15 à 17 pagnes. Il n’y a pas de nombre fixe. Nous travaillons en fonction de la demande et des mesures demandées par le client. »

Accompagnant les petites et moyennes entreprises dans leur gestion, Abdoul Aziz Tarnagda souligne que le Faso Danfani représente aujourd’hui, un enjeu économique important pour le Burkina Faso. « Déjà, il y a l’effort du gouvernement qui prévoit que tous les établissements autorisent le port du Faso Danfani. C’est un gros marché qui va permettre à ces femmes de pouvoir mieux réaliser leurs ventes. (…) L’aspect négatif qui peut entacher l’évolution de cette dynamique, je pense que ça va être un problème d’industrialisation parce que de plus en plus, elles travaillent le pagne tissé de manière artisanale. Pourtant, une bonne formation pour pouvoir rendre le processus de production assez mécanisé sera meilleur. »

Le Faso Danfani, le pagne tissé traditionnel burkinabè, a obtenu, en février 2021, son label qui assure la qualité et l’authenticité du produit, qui est fabriqué à la main avec des matières premières locales et des motifs variés. Ce label augmente aussi l’attractivité du pagne sur le marché national et international, en lui offrant une plus grande visibilité et une meilleure reconnaissance. Cependant, la labellisation du Faso Danfani a aussi un coût. En effet, sur le prix de vente d’un pagne tissé variant entre 6 000 et 10 000 francs CFA, avec la labélisation, il faudra en moyenne ajouter 800 francs de plus.

Mohamed Nakanabo, Mody Kamissoko