Mali/Goundam : entre Taoueye, Dodo et Hogolma, des traditions du Ramadan menacées de disparition

À Goundam, dans la région de Tombouctou, le mois de Ramadan ne rime pas seulement avec prière et jeûne. Il a longtemps été aussi une période de réjouissances culturelles et de solidarité communautaire à travers des pratiques traditionnelles comme le Taoueye, le Dodo et le Hogolma. Aujourd’hui, ces traditions autrefois très vivantes sont progressivement abandonnées par la jeune génération.

Selon les témoignages d’anciens, le Taoueye était une pratique organisée par les jeunes garçons durant les nuits du Ramadan. Sous la conduite d’un aîné, des groupes d’une dizaine de jeunes parcouraient les concessions pour saluer les notables et les artisans de la ville. Munis de récipients pour recueillir les dons, ils chantaient pour célébrer les professions et les qualités des personnes visitées. En retour, ils recevaient des présents comme du riz, du mil ou du sorgho.

À côté du Taoueye existait le Dodo, une autre pratique nocturne marquée par une mise en scène particulière. Un ou deux membres du groupe incarnaient une figure appelée « Dodo », souvent assimilée à un diable symbolique. Vêtus d’un grand boubou blanc, le corps couvert de cendre ou de farine et coiffés de cornes, ils apparaissaient au moment culminant des chants pour effectuer des démonstrations devant les concessions visitées. Cette prestation s’accompagnait de chants de bénédiction et de vœux pour l’année à venir.

Pour les jeunes filles, la tradition prenait la forme du Hogolma, une prestation collective mêlant chants, danses et percussions improvisées. Certaines utilisaient des calebasses garnies de cauris, tandis que d’autres frappaient une étoffe roulée pour produire un son semblable à celui du tambour. Les groupes se produisaient devant les maisons pour saluer les habitants et recevoir des présents.

Pour Ahmadou Oumar Sangho, président du Réseau des communicateurs traditionnels du cercle de Goundam, ces pratiques constituaient autrefois un moment important de cohésion sociale.

Mais aujourd’hui, la tradition s’effrite. Beaucoup de jeunes ne maîtrisent plus les chants ni les règles qui encadraient ces pratiques. Certains se contentent de passer devant les concessions pour demander directement de l’argent, ce qui, selon les anciens, dénature l’esprit de ces traditions.

Face à ce constat, certains jeunes tentent de relancer la pratique dans sa forme originelle. C’est le cas d’Abocar Aldiou, un jeune acteur culturel de Goundam, qui a récemment constitué un groupe de six personnes pour redonner vie au Dodo. Depuis le début du Ramadan, son groupe a effectué plusieurs sorties nocturnes dans la ville pour reproduire les chants et les mises en scène d’autrefois.

Malgré les difficultés rencontrées et les incompréhensions de certains habitants, ces initiatives visent à préserver un héritage culturel qui faisait autrefois la fierté des jeunes de Goundam. Pour les défenseurs de ces traditions, la transmission aux nouvelles générations reste essentielle afin d’éviter que ces pratiques ne disparaissent définitivement du paysage culturel local.