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dimanche, 04 décembre, 2022

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Niger : ces facteurs qui aggravent la mortalité infantile

Avec un taux de fécondité de 7,8 enfants par femme, Maradi est l’une des régions où la mortalité infanto-juvénile est élevée. Dans le pays, sur 1000 naissances en 2021, 72 décèdent avant le premier anniversaire contre 51 en 2012, selon les résultats de l’Enquête nationale sur la fécondité et la mortalité des enfants de moins de cinq ans (ENAFEME). Les principaux facteurs de morbidité et de mortalité restent la malnutrition aiguë, le paludisme et la baisse de couverture vaccinale.

A Maradaoua, un des plus anciens quartiers de la ville de Maradi devenu un bidonville au fil du temps, Aïssa Bazabarma, ménagère, raconte comment elle a perdu son petit-fils Abdourahamane en août dernier. Agé de 10 mois, il est décédé des suites d’une forme grave de paludisme. «Il avait une forte fièvre. Au début, nous l’avons amené à la clinique où on lui a fait deux injections et prescrit une ordonnance. (…) Trois jours après, la fièvre a repris. Nous sommes retournés au Centre de santé intégré (CSI) de Tassa. Les infirmiers nous ont référés au CHR (Centre hospitalier régional, ndlr). Sur place, le médecin nous a prescrit une ordonnance. Le temps que je revienne de la pharmacie, il a rendu l’âme», explique Aïssa encore sous le choc de la perte de son petit-fils.

Les médicaments prescrits coûtaient 7.750 FCFA et n’étaient pas disponibles sur place. « Lorsque le médecin m’a tendu l’ordonnance, je n’avais pas ce montant sur moi. Il a fallu aller les chercher, malheureusement à mon retour, c’était trop tard », regrette Aïssa qui fustige le manque de prise en charge pour les enfants.

Une situation similaire qu’a connu Issa Dalibi, un commerçant rencontré au quartier Yan Balbelou. Ce père de trois enfants a vu son fils mourir du paludisme au mois de juillet après avoir fait le tour des hôpitaux de la ville. «J’ai amené mon fils au centre Zariah, au CSI Yan Balbelou et au CHR et dans tous ces hôpitaux, j’ai payé. Au moment où je vous parle, j’ai mon deuxième garçon Abdoul Majid âgé d’un an cinq mois qui  est aussi malade du palu. Je l’avais amené hier au CHR et les médecins m’ont fait payer les médicaments contre le palu ainsi que 1000 francs pour une injection », relate-t-il. Ce dernier dénonce les dysfonctionnements de la politique de gratuité des soins mise en œuvre par l’Etat du Niger à partir de 2006, et qui est censée améliorer l’accès aux soins de santé pour les femmes et les enfants de moins de cinq ans.

Ce défaut de prise en charge, les responsables des centres de santé l’attribue, pour la plupart, au non-respect des engagements du gouvernement vis-à-vis de la gratuité. Dans certains centres, des factures datant de 2019 demeurent, à ce jour, impayées. « Sans la subvention de la gratuité, nous nous sommes obligés à un moment donné de demander aux usagers d’aller payer leurs produits à la pharmacie », nous confie un chef CSI de la ville de Maradi.

Et pourtant, des dispositions avait été prises en début de la saison pluvieuse (période de pic de palu) pour assurer une prise en charge gratuite du paludisme pour les enfants et même les adultes indique-t-on du côté du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLCP). « Pour couvrir la période de juillet à décembre 2022, il est mis en place depuis le mois de juin, 2. 813.280 traitements pour la prise en charge des cas de paludisme simple ; 5. 221.550 tests de dépistage rapide ; 1.117.000 ampoules d’Artésunate pour le traitement du paludisme grave », selon un agent au PNLCP. « Ces intrants suffisent largement pour assurer une couverture de la gratuité jusqu’à la fin de l’année en ce qui concerne le paludisme », a-t-il ajouté.

Accès aux soins toujours difficile pour les couches vulnérables

Les familles interrogées ont presque toutes perdu leurs enfants au mois de juillet soit cinq mois avant les délais impartis pour l’épuisement des intrants mis à la disposition des centres.

C’est le cas de Libabatou Ali, une jeune femme de la trentaine habitant au quartier Limantchi qui a perdu sa fille Samira, morte de paludisme au CHR de Maradi en juillet. Faute de moyens, elle a redouté amener sa fille au centre de santé alors que celle-ci agonisait sur son lit à domicile. Face à la gravité de son état de santé, sa mère se résout à l’amener à l’hôpital le 4e jour. « Elle avait beaucoup de fièvre, nous l’avons amené au CSI. Les médecins l’ont consulté puis nous ont référé au CHR. Arrivée là-bas, on lui a fait une perfusion. Son père est allé acheter les médicaments et avant son retour, elle est décédée » explique la jeune femme.

Traumatisée, cette mère de six filles, a peur pour ses enfants et en appelle au gouvernement pour l’amélioration de la santé infantile. « Je demande aux autorités d’avoir pitié de nous et créer les conditions de meilleurs services dans les centres de santé et les doter en médicaments », plaide Libabatou.

Par ailleurs, le constat en zone rural c’est que même en cas de traitement curatif normal, le paludisme peut s’avérer fatal chez un enfant, selon les pédiatres cela s’explique par la malnutrition.

Paludisme et Malnutrition, « un duo mortel »…

La malnutrition des enfants au Niger constitue une réelle menace, car elle les rend vulnérables face aux pathologies. Selon les données de 2018 du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), 15 % des enfants au Niger souffrent d’une malnutrition aigüe (sans changement depuis 2006).

Précédemment en poste au CHR de Maradi, le pédiatre Mahamane Abdou Médecin explique que la malnutrition chez l’enfant est un élément qui rend le paludisme mortel d’où la forte mortalité constatée chez les enfants dans cette région. « Les chances de survie d’un organisme affaibli par déficit nutritionnel sont très peu en cas de paludisme. Malheureusement, c’est ce à quoi nous assistons dans la région de Maradi ». Il affirme qu’en période de pic de palu au CHR de Maradi, la pédiatrie accueille des fois jusqu’à  trois(3) enfants par lit. 

Pour sauver des vies, Dr. Mahamane Abdou met l’accent sur la prévention notamment les bonnes pratiques d’hygiène. L’autre défi à relever reste l’amélioration de la couverture vaccinale. Malgré les campagnes de vaccinations de masse et les sensibilisations faites dans le cadre du Programme Elargi de Vaccination (PEV) du Niger, la couverture vaccinale est passée de 52 % à 33 % pour les enfants de 12 à 23 mois, entre 2012 et 2021, selon l’Enquête nationale sur la fécondité et la mortalité des enfants de moins de cinq ans.

Youssouf Sériba, Agaïcha Kanouté

*Réalisé avec le soutien du Programme Sahel de l’IMS, financé par DANIDA.