Le Burkina Faso lance un mandat d’arrêt contre Guillaume Soro

Un mandat d’arrêt international émis par le Burkina Faso contre le numéro 2 ivoirien, Guillaume Soro ? « Je confirme et c’est en rapport avec le dossier coup d’Etat », répond brièvement un haut responsable de la justice militaire burkinabè. Information également confirmée par une source sécuritaire burkinabè.

A Abidjan, on dit ne rien savoir. Moussa Touré, conseiller du président de l’Assemblée nationale ivoirienne, juge ce mandat d’arrêt « improbable ». Il a fait savoir auprès de l’AFP, que « si ce mandat était avéré, ce serait un acte hostile contre la Côte d’Ivoire et il ne resterait pas sans réponse». De sérieuses menaces. Ce mandat d’arrêt n’est pourtant pas une surprise. Depuis l’échec de la tentative de coup d’Etat, Guillaume Soro est dans le collimateur des autorités burkinabè.

Le bras de fer a commencé par la fuite d’une conversation téléphonique dont les voix ressemblent à Guillaume Soro et Djibril Bassolé. Cette discussion est supposée avoir lieu quelques jours avant l’assaut donné par les forces loyalistes sur le camp du RSP qui rechigne à désarmer. Le présumé Soro propose de frapper « un commissariat, une gendarmerie », loin de Ouagadougou, pour déboussoler les loyalistes, les forcer à se redéployer et permettre au RSP de contre-attaquer pour sauver le putsch à la dérive.

Mais ce n’est pas tout. La voix ressemblant à Guillaume Soro propose à son interlocuteur d’éliminer Chérif Sy (président du CNT, le Conseil national de la transition, l’Assemblée de la transition), Salif Diallo (aujourd’hui président de l’Assemblée nationale) et enfin de frapper « des cibles fortes, surtout le PM » (le Premier ministre, Isaac Zida).

Un document explosif qui suscite des interrogations sur son authenticité. Guillaume Soro est outré, son entourage parle d’un faux grossier. Mais à Ouagadougou, sous couvert d’anonymat, des sources sécuritaires et proche du président du CNT, affirment qu’il s’agit bien d’une écoute entre Guillaume Soro et Djibril Bassolé.

Finalement, quelques jours après les élections législative et présidentielle du 29 novembre, qui voient triompher Roch Marc Christian Kaboré, le Premier ministre de la transition en fin de mandat assure publiquement que l’écoute est authentique. Sur Savane FM, Isaac Zida soutient que « la bande est authentique, il n’y a pas de débats. Moi je ne discute pas sur cette question-là. Il ne faut pas douter de l’intelligence du peuple burkinabè ». Affirmations répétées lors d’une conférence de presse.

Peu de temps après, le procureur militaire, le lieutenant-colonel Norbert Koudougou signale que des écoutes ont été versées au dossier. Un expert est chargé de les identifier. Mais, pour Chérif Sy, leur authenticité ne fait pas de doute. Sur la très suivie radio Oméga FM, il enfonce le clou : « Moi, à mon niveau de responsabilité, je sais, je suis même le premier à savoir, que cet enregistrement est authentique. Je ne confirme même pas verbalement, si vous avez un document, je signe qu’il est authentique ».

Ce mandat d’arrêt ne va pas aider à réchauffer des relations glaciales entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Blaise Compaoré, chassé par la rue en 2014, était le grand allié d’Alassane Ouattara. C’est d’ailleurs en Côte d’Ivoire que le président déchu a trouvé refuge et qu’il vit, dans le quartier de huppé de Cocody. Pour encore longtemps ? Le 21 décembre, la justice militaire burkinabè a annoncé avoir lancé un mandat d’arrêt international contre l’ancien chef d’Etat.

Une semaine plus tard, le 29 décembre, Alassane Ouattara a fait le déplacement pour l’investiture de Roch Marc Christian Kaboré. Mais il manquait à l’appel pour la traditionnelle « photo de famille » des chefs d’Etat autour de leur nouvel homologue. Il se trouvait chez le Mogho Naba, le chef des Mossis, qui fait souvent office de médiateur lors de conflits politiques au Burkina Faso. Alassane Ouattara y a peut-être évoqué le cas de Blaise Compaoré. Quoi qu’il en soit, selon l’hebdomadaire Jeune Afrique, il a fait un compte-rendu de son voyage à Blaise Compaoré à son retour en Côte d’Ivoire.

PARTAGER