Les Maliens auront-ils droit à un débat sur l’avenir de leur pays ?

Image d'illustration - Sahelien.com

À quatre de mois de l’élection présidentielle, prévue le 29 juillet 2018, la classe politique malienne est en pleine ébullition. Les différents états-majors affûtent déjà leurs armes. Affiches et slogans jalonnent les principales artères de la capitale, Bamako. Tournées à l’intérieur et déplacements à l’extérieur du pays rythment la vie des candidats déclarés ou supposés. Entre partisans et adversaires de l’actuel locataire de Koulouba les passes d’armes se multiplient. Dans ce hohahoha, les Maliens en auront-ils pour leur grade ou devront-ils se contenter d’une “chicane” entre vieux compagnons de route?

Au-delà des professions de foi, des incantations propres au jeu politique en période pré-électorale et du leitmotiv “Tout sauf IBK”, les potentiels candidats se prononcent très peu ou pas du tout sur les sujets d’intérêt général.

Le Mali traverse pourtant la période la plus trouble de son histoire récente. Plongé dans une crise multidimensionnelle depuis 2012, la situation dans le pays ne s’est guère améliorée au cours de ces quatre dernières années. L’insécurité autrefois cantonnée au Nord a progressivement gagné le centre du pays. Malgré la signature d’un accord de paix entre le Gouvernement malien et groupes armés rebelles, la paix demeure insaisissable.

« Il est important que les citoyens soient édifiés sur le futur des collectivités territoriales… »

Nombreux sont ceux parmi les candidats potentiels à avoir émis des réserves sur la viabilité de cet Accord. Pourtant, rares sont ceux à formuler une alternative cohérente et crédible à ce texte. De cet Accord, découlent pourtant les différentes réformes politiques, institutionnelles, sécuritaires et économiques que le prochain Président devra certainement mettre en oeuvre.

De ce fait, il est donc important que les citoyens soient édifiés sur le futur des collectivités territoriales, sur le projet de développement économique ainsi que sur la réforme des forces de défense et de sécurité.

Malheureusement, le débat tourne autour de la personne du Président IBK, et comme seul programme politique pour les potentiels candidats, celui de le remplacer à tout prix. Sans doute par calcul politicien, pensent-ils que le “tout sauf IBK” est beaucoup plus porteur et fédérateur que de se lancer dans des débats pour édifier les Maliens sur leur projet d’avenir.

Il semblerait que par choix délibéré ces personnalités misent sur ce que Max Weber a appelé la légitimité charismatique, reposant sur la croyance des “dominés” dans le caractère exemplaire, hors du commun, d’un chef doté de pouvoirs extraordinaires.

« La classe politique considère que les citoyens ne sont pas habitués aux confrontations idéologiques »

Dans ce cas de figure, on doit se demander comment les individus continuent d’adhérer à des dispositifs dont ils ne profitent pas ? Et la réponse se trouve probablement dans la routinisation de la vie politique instaurée depuis plus de 20 ans par tous les acteurs politiques, toutes tendances confondues et qui consiste à répéter le même scénario, qui tend à constituer un modèle d’action avec l’avantage d’économiser les efforts, de produire moins d’anxiété et de rendre les rapports sociaux moins conflictuels.

De façon générale, la classe politique considère que les citoyens ne sont pas habitués aux confrontations idéologiques et que cela risquerait bien au contraire de les ennuyer. À la place, il faudrait user d’autres méthodes et envoyer des signaux constitutifs de la légitimité charismatique, d’où ces mises en scène assez régulières avec des candidats aux tenues vestimentaires qui rappellent ceux de grands érudits musulmans.

Cette analyse se heurte cependant à la réalité des faits, comme l’illustre le débat autour de la révision constitutionnelle en 2017. La volonté de faire entendre sa voix et de peser sur la destinée du pays a conduit à un large rassemblement d’une partie de la société civile et de l’opposition. C’est peut-être le signal que les Maliens en général et les jeunes en particulier ne sont plus prêts à donner un blanc-seing à leurs dirigeants. Ignorer cela c’est prendre le risque de désintéresser cette jeunesse de l’élection, et de favoriser l’abstention au moment où le pays a plus que jamais besoin d’un Président avec une légitimité forte, et un programme politique qui donne la marche à suivre.

Source : Kouloubamètre

Les points de vue exprimés dans l’article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux  de Sahelien.com.

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