Lire A. Hampaté Ba aujourd’hui et imaginer une Afrique positive: possible !

Bamako

Quand on a l’occasion de lire l’oeuvre d’Amadou Hampaté Ba, on peut retenir quatre choses essentielles:

1. Que l’histoire véritable de l’Afrique a été stoppée par des faits ayant conduit à une autre histoire de l' »Afrique »: l’esclavage et la colonisation.
L’important, c’est de savoir joncher entre les deux histoires de l’afrique : l’afrique pré-coloniale et l’afrique-coloniale.
Alors deux questions se posent pour les africains :

A. Faut-il refaire l’histoire ou reprendre l’histoire là ou elle s’était arrêtée ?
Non, pour ma part, il faut juste s’intéresser à l’histoire et l’apprendre.
En plus du fait que cela nous permet d’aller plus vite, on apprend à se connaitre en inventant des possibilités pratiques, militantes, politiques, syndicales importantes pour son propre avenir et celle de la collectivité.
C’est cela l’Afrique Positive.

B- Faut-il accepter que l’esclavage et la colonisation soient considérées également comme des parties intégrantes de l’histoire de l’afrique post-coloniale et moderne ?
Certains africains se disent que l’esclavage et la colonisation ne font pas partie de leur histoire. Alors quelle est leur histoire ? Puisqu’en termes de temporalité, ces deux événements viennent avant la valeureuse histoire » de l’afrique pré-coloniale chantée en prose par A. Hampaté Ba. Peut-on décider de ce qui constitue notre histoire sans se mentir ?
D’autres africains adoptent une logique qui me semble beaucoup plus réaliste en scandant qu’en plus de la période pré-coloniale, dans l’histoire, on retrouve plusieurs événements comme l’esclavage, la colonisation, les guerres mondiales, la décolonisation (ainsi que de la récolonisation pour une partie).

2. Que la richesse du continent a effectivement comme sous bassement, la solidarité. Une solidarité interpersonnelle, intercommunautaire et interculturelle. C’est à dire une solidarité plurielle, intégrée et bien encadrée.
Une solidarité, aujourd’hui anéantie dans son fondement.
En effet, l’origine de la pensée de la solidarité africaine provient en grande partie de la valeur que les communautés d’individus attribuent collectivement aux liens sociaux.
Aujourd’hui, ce paradigme est en désuétude accélérée, voir achevé. La part du pecunier dans la définition des liens sociaux a permis d’ériger l’argent comme seule valeur créant lien.
On a donc changé de paradigme. C’est un des éléments importants quand on s’intéresse à ce qu’est la solidarité africaine dans l’histoire de l’Afrique avant l’esclavage et la colonisation.
Loin d’être un historien, je tâtonne, mes réserves existent donc à l’endroit des historiens africains.

3. Que l’africain d’aujourd’hui est un homme perdu car il s’ignore profondément, même s’il est très souvent de bonne foi.
Par conséquent, celui qui se connait peut se présenter et se représenter convenablement et représenter sa communauté convenablement.
Le cas échéant, c’est une erreur.

4. Que l’afrique peine à valoriser sa propre histoire de sorte qu’elle puisse lui être profitable.
Le Mali, espace géographique d’origine d’Amadou Hampaté Ba n’a pas encore réalisé la portée et l’importance de l’oeuvre d’A. Hampaté Ba par exemple. Ce constat est valide pour d’autres références culturelles, artistiques, sociopolitique et syndicales.
Valoriser ces références, c’est non seulement préserver l’histoire mais également vendre une histoire très riche, qui peut apporter plus que ce qu’on imagine.

Attention, ces propos ne sont pas d’Amadou Hampaté Ba

Mohamed Maiga
Ingénieur social, intervenant sur les politiques économiques et sociales. Membre du CRD-Mali (Cadre de Réflexion pour le Développement-Mali)

Blog : https://www.mohamedmaiga.wordpress.com

Les points de vue exprimés dans l’article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux de Sahelien.com.

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