Mopti : l’attaque de trop ?

Mopti

Depuis le début de la crise, la population de la ville de Mopti avait une idée reçue selon laquelle la ville était inattaquable. Elle l’était certainement, jusqu’à ce jeudi soir où des individus lourdement armés ont tiré à plusieurs reprises en direction du centre d’état civil secondaire d’un quartier de la ville.

Les populations de la Venise malienne viennent de rentrer dans le cycle infernal des attaques terroristes. Les prémices étaient là depuis belle lurette. De la résidence du gouverneur aux domiciles des citoyens lambda, nul n’est à l’abri. La présence militaire dans la ville de Mopti est quasi inexistante.

Souvent, nous voyons des patrouilles, çà et là, menées par des Casques bleus, accompagnés par les Forces armées maliennes. Nous avons dénoncé cette situation à plusieurs reprises, avons interpellé les autorités locales pour qu’ils s’investissent dans la sécurisation de la ville, mais le dispositif n’a point changé, hormis lors des visites sur le terrain des membres du gouvernement.

Des décisions inefficaces

La région de Mopti a fait face à plusieurs décisions participant à sa sécurisation, au nombre desquelles nous pouvons citer les deux mesures emblématiques: celle de l’interdiction de circuler à partir de 18 heures jusqu’à 6 heures du matin de tous les engins roulant  au départ et à l’arrivée de la ville de Mopti, et celles relatives à l’interdiction de circuler des motos et des pick-up dans l’ensemble des régions du centre voire au-delà.

La gouvernance actuelle est maître en diversion. Sans réellement mesurer l’incidence financière de ces mesures, le gouvernement a mis la région de Mopti sous un embargo qui ne dit pas son nom. L’économie tourne au ralenti, les commerçants sont frappés de plein fouet, mais pas que, les réparateurs de motos, les forains, les éleveurs ainsi que les agriculteurs, l’ensemble des secteurs participant au développement de la région sont à l’arrêt à cause de ces mesures qui aggravent la souffrance de la population. La région de Mopti, en moins de deux ans, a eu deux gouverneurs militaires. Le plan de sécurisation intégrée des régions du centre tarde à porter ses fruits, le résultat promis par le Général Sidi Alassane Touré, gouverneur de la région de Mopti, se fait toujours attendre.

Nous avons l’habitude de dire au gouverneur que le tout sécuritaire ne marchera pas, le dispositif doit tenir compte des hommes et femmes qui ne sont pas militaires, mais qui peuvent être d’un apport inestimable dans le renseignement. Ce qui est loin d’être le cas, il y un manque criard de collaboration entre la population civile et son armée. A qui la faute? Certainement pas au premier, car ils sont les premières victimes de l’insécurité.

Le commandement militaire doit revoir sa copie en matière de renseignement, les informateurs et les indicateurs doivent bénéficier de tout le soutien nécessaire pour qu’ils puissent jouer leur rôle de collaboration sans être inquiétés par l’ennemi. L’assouplissement de la mesure d’interdiction de circuler est une nécessité dans certaines zones qui ne sont accessibles qu’au moyen des engins à deux routes. Si rien n’est fait, à ce rythme, la guerre civile au centre n’est plus qu’une question de mois voire de semaines tant les liens séculaires sont rompus entre les différentes communautés et la tension ne cesse de monter.

L’absence de l’État au centre est une faute morale et sa partialité une faute politique. Nous voulons au centre, plus précisément à Mopti, que vous nous aidez à nous protéger de nous-mêmes, que vous nous aidez à rester dans le Mali, que vous nous aidez à avoir la paix chez nous.

Yacouba de Mopti

Les points de vue exprimés dans l’article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux  de Sahelien.com.

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