Niger : des habitants de Tongo Tongo racontent l’attaque meurtrière contre les soldats américains et nigériens

Des gendarmes nigériens à Ayorou

Après l’attaque meurtrière du 4 octobre contre les forces armées nigériennes et américaines à Tongo Tongo, Sahelien.com a rencontré des habitants de cette localité à Ouallam. Ils étaient à Tongo Tongo au moment des faits et reviennent sur les circonstances de l’attaque.

Ce mardi 3 octobre, Djibo, habitant de Tongo Tongo, a aperçu des phares de voitures non loin de la frontière malienne. Il est 22 heures. Le lendemain, vers 10 heures, huit véhicules de l’armée dont une ambulance sont venus au village et se sont arrêtés au bord du puits pour demander de l’eau aux femmes sur place. Pendant qu’ils buvaient, raconte Djibo, un jeune villageois du nom de Hamani est parti informé Mounkaila Allassane, chef du village de Tongo Tongo.

« Nous étions à un baptême dans le village. Les soldats ne sont pas entrés dans le village, et nous sommes venus les saluer. Il y avait les soldats blancs qui posaient des questions traduites par un soldat nigérien qui nous demandaient où étaient les « bandits ?» Réponse du chef de village : « Si vous cherchez les bandits dans cette brousse-là, ils sont nombreux ».

Toujours selon cet habitant, la rencontre avec les soldats a duré environ 25 minutes, et lorsqu’ils ont annoncé leur départ, le chef du village a envoyé son proche collaborateur, « un vieux » pour chercher un mouton à offrir à la mission. « Dix minutes à peine après leur départ, des hommes armés étaient venus à motos. Avant que le chef du village n’informe les autorités, nous avons déjà entendu les premiers coups de feu. Le chef du village a informé le gouverneur de Tillabéri, le préfet de Ouallam, le commandant de la base militaire de Tilwa  et même l’aviation », a ajouté Djibo.

Et de poursuivre : «Quand les coups de feu ont commencé tous les villageois se sont cachés dans leur maison.  Après 15 minutes, il y a eu un silence comme si c’était fini et brusquement, nous entendions des coups de feu plus forts que les premiers de 10 heures du matin. C’est vers 16 heures que deux avions sont arrivés. Les assaillants ont pris la fuite à l’arrivée des avions et tout s’’est arrêté. Quand les soldats nigériens sont venus juste après les avions nous sommes sortis constater les dégâts. Les assaillants ont déshabillé tous les soldats qu’ils ont tués. Nous avons vu deux corps de soldats blancs derrière une voiture abandonnée par les assaillants. Ils ont voulu probablement emporter les deux corps de soldats blancs mais quand les avions sont venus ils sont partis. Ils ont emporté trois véhicules de l’armée. Deux jours après l’attaque, un soldat américain a été retrouvé mort  dans la forêt entre des arbres par des enfants qui ont informé le chef du village. J’ai vu le corps, il était nu et blessé à la tête. Le vendredi avant la prière, les soldats ont arrêté le chef du village et jusqu’à présent, nous ne savons pas où il est ».

Un soldat nigérien rescapé de l’attaque a indiqué à Sahelien.com que la mission a été au courant de la présence des terroristes aux alentours de Tongo Tongo. « Nous avons effectué plusieurs types de mission de reconnaissance sans aucun problème » souligne-t-il.

Une source sécuritaire qui a demandé qu’on lui garantisse l’anonymat précise que la mission était à la recherche d’un ex-soldat de la Garde nationale nigérienne, soupçonné d’être derrière l’attaque de Ouallam et de la prison de haute sécurité de Koutoukalé, à 50 Km de Niamey où sont incarcérés des terroristes. D’après cette même source, le chef du village de Tongo Tongo soupçonné de complicité est actuellement détenu à la cellule anti-terroriste de Niamey.

Par rapport à l’attaque du 4 octobre dernier, le ministère américain de la Défense, a, dans un communiqué publié mercredi, informé les familles des quatre soldats américains tués que l’enquête devrait être bouclée en janvier 2018, mais qu’elle sera prolongée si nécessaire.

Omar Hama
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