Niger : interrogations autour de la mission militaire italienne

Au Niger, la mission militaire italienne va aider à contrôler les flux migratoire

« Après huit mois d’impasse », l’Italie et le Niger ont trouvé un accord pour le déploiement d’une mission militaire italienne sur le sol nigérien pour contrôler les flux migratoires et combattre le trafic d’êtres humains, a annoncé la ministre italienne de la défense, Mme Elisabetta Trenta sur Facebook, le 20 septembre dernier. Il y a quelques mois, le Niger a nié l’accueil d’une telle mission.

A propos de cette mission, nous avons interrogé un haut gradé de l’armée
nigérienne qui a requis l’anonymat. L’officier supérieur estime
que : « le Niger n’a pas
besoin des forces étrangères pour lutter contre l’immigration clandestine
et la traite des personnes. Nous avons juste besoin de moyens matériels
notamment les avions de reconnaissance pour assister nos forces de défense et
de sécurité. Malgré le peu de moyens dont nous disposons, des résultats
encourageants ont été obtenus 
».

Et de poursuivre : dans le cadre
de la lutte contre la traite des personnes et de l’immigration irrégulière, il
y a un manque de formation à l’endroit de l’armée contrairement à la police
nationale. En effet, l’Etat doit faire la part des choses. Les patrouilles et
les missions de sauvetage des migrants en plein désert, c’est l’armée, la
protection civile en collaboration avec l’Organisation internationale pour les
migrations (OIM) qui le fait chaque semaine.
 »

Interviewé en août dernier à propos de  la présence des Italiens au Niger par le correspondant de sahelien.com à Niamey, le ministre de l’intérieur Mohamed Bazoum a déclaré : « comme nous trouvons que ce que nous avons fait avec les Américains et les Français c’est suffisant, si ça a une vertu on aurait bénéficié, si ça n’a pas de vertu nous le savons alors nous avons décidé qu’il n’y a pas de raison que nous ayons des Italiens en plus sur notre territoire c’est tout. Ils n’ont pas pris assez de précaution avec nous, je pense qu’on a eu une mauvaise coordination »

Plusieurs millions d’euros

Selon une source proche de M. Bazoum, « c’est le ministre en personne qui a négocié l’accord avec les Italiens
lors de sa visite dans le pays, il y a un an
 ». La même source
poursuit qu’à l’époque, le président de la République Issoufou Mahamadou s’est
opposé aux négociations compte tenu du contexte sociopolitique que traverse le
pays. Notre interlocuteur ajoute que l’Italie avait débloqué une enveloppe de
plusieurs millions d’euros  pour cet d’accord de coopération militaire
entre les deux pays.

Lors d’un entretien à Niamey, un conseiller du ministre de la défense avait
évoqué une somme comprise entre cinquante et soixante millions d’euros qui
seront débloqués par l’Italie pour l’installation de ces militaires à Agadez.

Joint au téléphone, le maire de la commune d’Agadez, Ghissa Feltou, parle
d’une situation complexe et qui se complique davantage. « Je suis déboussolé. Nous attendons des
éléments nécessaires pour comprendre la présence de ces forces là sur notre territoire.
Tout le monde dit qu’elles vont se limiter à un contrôle de trafic illicite de migrants
et de traite des personnes, nous ne comprenons pas grand-chose
 »,
a-t-il indiqué.

L’Italie  déploiera
 470 soldats afin de renforcer le contrôle contre la traite d’êtres
humains et le trafic des migrants qui traversent le pays en direction de
l’Europe.

Omar Hama Saley

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